AA & LES ONEIROI -Chants de l'Erèbe-


20 décembre 2020

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Groupe : AA & les Oneiroi

Titre : Chants de l”Erèbe

Label : Autoproduction

Année : 2020

Finalement que sommes-nous ? Finalement qui sommes-nous? Mais surtout où allons-nous ?
En ces temps obscurs, où le questionnement existentiel devient le quotidien de la majorité de l’humanité soumise, où le reste tente un combat perdu d’avance, il est des créations musicales qui émergent de cette atmosphère délétère et pernicieuse . Des créations complètes tant visuellement que musicalement , permett
ant ainsi de faire étinceler cette minuscule flamme que l’on pourrait appeler... l’espoir.
Et l’espace d’un instant, l’espace
de quarante et une minutes, la création dont il est question ici, vous remplit d’une chaleur glaciale à vous en faire pleurer l’âme, ensevelie sous ces couleurs automnales contenues dans ce digipack et l’intégralité de son artwork, pour que celui qui fait office de réceptacle auditif, puisse s’imprégner totalement de l’inspiration divine présente sur ces successions de notes.

Si le monde des puissants détruit à petit feu la culture sous toutes ses coutures, AA & les Oneiroi est ici en cette fin d’année noire, une espèce de condensé de tout ce que le monde culturel peut offrir de plus beau. Car c’est bien de cela dont il s’agit, « Chant de l’Erèbe », se plaît à montrer le beau.

Alexandre Alquier, frère de Camille le nom moins illustre graphiste, signe ici son premier jet ;
quatre histoires peut-être, celles de toute une vie où leur créateur, de manière progressive à chaque minute, sans regarder derrière, offre à qui le veut, des mélodies tantôt néoclassiques, tantôt atmosphériques, ou tantôt presque postrock, qui font virevolter vos émotions au point de vous faire frémir et tressaillir en même temps.

Et une fois la chute vertigineuse en arrière effectuée dans le vide et l’inconnu, en plongeant volontairement vous vous retrouvez dans un monde onirique où aucune barrière ne se dresse, pour découvrir un univers sans limite musicale, sans code imposé où l’on navigue comme dans un rêve , en volant de manière subtile et étherée, de composition en composition, d’environnement en environnement, pour un voyage rare et unique.

Pour cela le sieur Alquier qui, non content d’avoir créé, jouera tour à tour du piano, de la guitare, de la batterie,
et saura guider le chant, tout en s’entourant de musiciens chevronnés ; Eric Becker, Penny Ikinger, Benoit Courribet et Barclau issus de scènes musicales différentes, pour jouer d’innombrables guitares différentes  mais aussi l’accompagner à la voix. Avec l’aide également de Gorgio Valentino pour écrire et chanter le « Tombeau du temps » qui n’est autre que le premier titre , véritable baie vitrée de vingt deux minutes qui s’ouvre littéralement sur le monde de AA & les Oneiroi ; accompagné aussi par le travail de Dc Shell et Alice Alquier. Un travail qui illustre à merveille les émotions perçues, où l’on distingue ce paon, cette forêt, ce corbeau, cette danseuse ou encore ces statues qui sont autant de détails qu’il faudra découvrir au cours de nombreuses écoutes pour s’imprégner suffisamment de l’oeuvre.

« Chants de l’érèbe » n’est pas un album, c’est la musique que l’on entend à un moment de nos vies, « Le tombeau du temps » offre une entrée en matière très atypique, puisque Alexandre Alquier aura choisi de mettre en avant un titre extrêmement long qui évolue au fil des minutes, où le piano prend une grande place pour conter cette première introspection. Une première chanson où l’on se rendra compte immédiatement de la clarté de la production, de son côté cristallin sur les instruments où chaque cymbale, chaque note de basse, de guitare est d’une pureté indéniable, mais surtout où la captation de la voix a été tellement bien prise, mixée, masterisée que c’est à côté de son oreille que l’on entend chuchoter la voix.

Petit à petit en avançant dans l’univers des Oneiroi et dans l’exploration de ce tombeau, on constate que cette espèce de néoclassique perd du terrain, que le piano fusionne de plus en plus avec les guitares dans le dernier tiers pour que le côté postrock prenne le dessus, rendant ainsi vivante, car c’est bien de cela dont il s’agit, la musique d’ Alexandre Alquier.

Cependant malgré l’extraordinaire cascade émotionnelle que représente le « Tombeau du temps », ne croyez pas être arrivés au bout du voyage. En effet , avec plus de douze minutes « Mer des pluies » amorce un virage extrêmement progressif dans ses guitares presque pink floydiennes, rappelant parfois les planantes mélodies de Dam Kat et Children In Paradise, naviguant avec volupté sur cette mer aux remous discrets.

Et l’on se rend compte que plusieurs mondes se rejoignent dans cet album, des mondes tels que ceux de Lacrimosa, de Cocteau Twins ou encore les tous derniers Anathema bien évidemment, avec d’ailleurs une photographie étoilée sous
le plateau transparent qui n’est pas sans rappeler celle de Daniel Cavanagh et son superbe « Monochrome ».

Puis venue de nulle part, l’instrumentale « Birds of paradise » vous laissera seul avec vous-même dans des atmosphères tellement brumeuses que les illustrations du livret se dissiperont, vous n’aurez plus besoin d’elles, et elles ne seront plus là pour vous aider à percevoir cette maïeutique dont parle Alexandre Alquier, mais les illustrations deviendront de manière intrinsèque, le prolongement de la musique que vous aurez vous-même à l’esprit.

La fin de cette première production se termine sur du velours, avec cette fois-ci « L’Etreinte de Nyx » qui verra la participation au chant de Penny Ikinger, offrant au morceau ce côté très postrock déjà présent grâce à la batterie et aux guitares aériennes se rapprochant ainsi nettement plus de quelque chose de prog rock plutôt soft.

« Chants de l’Erèbe » est magnifique, et Alexandre Alquier signe ici un album personnel, gorgé de poésie, où le lâcher-prise est de rigueur, cela tombe à pic, vous en aviez besoin.

Arch Gros Barbare

20/12/2020