AODON -11069-


30 mars 2020

AODON POCHETTE_resultat.jpg (70 KB)

Groupe : AODON
Titre : 11069
Label : Willowtip Records
Année : 2020

Comme l’humanité évoluant vers le chaos et sa propre destruction, empreint d’un nihilisme musical rejetant finalement tout code, toute mouvance actuelle ou ancienne, AODON poursuit sa route sans vraiment se soucier de la forme que prendra son black metal. Et à la croisée d’une route obscure et d’un chemin brumeux, surgit donc ce second album « 11069 » des ténèbres pourtant lumineuses d’inspiration.

Après quatre ans de silence, voici donc le successeur de « Sharphood » où cette espèce d’Hydre de Lerne composée de trois personnes sous la gouverne d’un seul, tandis qu’ils se complémentent plus qu’ils ne se subordonnent, éructe aujourd’hui presque cinquante minutes d’un black metal atmosphérique relativement difficile à enfermer, puisant autant dans ses racines originelles pour développer ses ramifications que dans l’air qui l’entoure afin de se complaire de manière autarcique dans la scène contemporaine.

On arrive donc à quelque chose de très sombre, parfois violent, qui, malgré tout, porte en son sein cette tourmente dépressive si proche de ce que l’on peut effrontément appeler aujourd’hui le post-black metal. Mais AODON ostracise littéralement ce genre d’étiquettes pour donner à son black metal non pas une réelle mais de réelles atmosphères dans chaque titre où l’alchimie du Vamacara Studio laisse encore échapper les vapeurs de son savoir-faire, enivrant de ses effluves malsaines et appuyant ainsi la cristallisation des guitares sans jamais se perdre dans la tradition black où l’obscurité sonore était la ligne de conduite il fut un temps.

Huit chapitres, huit textes français où subsiste encore un peu cette poésie noire dont les syllabes percutaient les oreilles les plus chastes lors de l’époque de groupes tels que Forbidden Site ou Anorexia Nervosa ; huit litanies où l’on retrouve une prose qui ne cherche en fait pas la poésie, mais qui se veut cruelle de vérité où la mort est omniprésente et où le corps et l’esprit ne font qu’un ; voici ce que vous découvrirez en vous aventurant. C’est donc ainsi que l’on traverse « 11069 » avec des titres forts, justes et criants de haine avec « Les rayons », « L’œuvre », « L’écho », « L’infime », « L’instinct », « L’énergie », « L’illusion » et « Le parfum des pluies ».

Si « Les rayons » vous donnent la sensation de traverser le couloir de la mort grâce à ses ambiances glauques bien que régulières, rapides et modérées, c’est « L’œuvre » qui annonce la fin du monde tel que vous l’avez connu. AODON sort de sa réserve et montre déjà plus de souplesse quant à sa capacité à écrire plusieurs mouvements dans un seul morceau ; ce qui apporte des atmosphères aussi violentes qu’agressives où se construisent des ponts qui pénètrent dans un blizzard lugubre.

Ce blizzard qui fera évoluer encore une fois l’album vers un confinement introspectif avec « L’écho » qui implosera en vous, en nous, pour mettre en exergue ce cancer de grisaille qui nous bouffe de l’intérieur depuis des années où plus rien ne semble coloré. Les guitares pleurent, la voix sature de douleur, avec des mouvements entrelacés de moments de répit ici et là, sans doute plus post-black, sans tomber dans la niaiserie, mais plutôt dans des abîmes inextricables.

Alors AODON maîtrise sa musique en seigneur de guerre et ce nouvel album dont les illustrations signées Ludovic Robin, qui peuvent refléter l’image d’un défoulement martial et d’un chaos structuré, n’est en fait qu’une succession de tourmentes hurlées avec agonie où les rythmiques collent parfaitement à l’esprit du groupe et où chaque chanson fait écho à notre propre souffrance intérieure.

Etrangement, ce n’est qu’au bout du chemin, lorsque l’on s’aperçoit que le pont qui traversait le blizzard n’est pas terminé, et qu’il n’y a rien devant si ce n’est le néant, que vient la divine et audacieuse « Le parfum des pluies », un titre qui vient clore l’album du haut de ses sept minutes avec autant de mélancolie, autant d’inspiration qui donnent la nausée tellement cette chanson est brûlante et que ses émanations black atmosphériques vous font suffoquer, tentant désespérément de panser les boursouflures causées par les sept premiers titres.

« 11069 » est un album magistral, tant visuellement que musicalement, et AODON signe ici l’assurance d’avoir composé une œuvre contemporaine black metal incontournable.

Arch Gros Barbare

30/03/2020