CRITICAL LEGACY -Keep the flame alive-


01 février 2021

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Groupe : CRITICAL LEGACY

Titre : Keep the flame alive

Label : Autoproduction

Année : 2020

L’underground n’appartient pas aux années 80’s, ni aux années 90’s, en tous les cas certainement pas aux groupes de ces années-là. L’underground, même en 2021, appartient aux groupes de l’ombre, qui sont liés à leur époque, ceux qui se démènent, ceux qui se débattent, ceux qui se démerdent, quel que soit le style qu’ils jouent, et quelle que soit leur qualité de jeu ou de composition.

Et c’est cet underground qui est représentatif de la santé créatrice de la scène des vieilles vagues de metal extrême qui baigne toujours dans l’esprit des années 80’s/90’s.

Les CRITICAL LEGACY, jeune groupe de thrash de la région d’Orléans, fait exactement partie de cet underground toujours bouillonnant, qui n’a pas peur de se casser les dents, qui a la niaque et qui dans sa fougue et sa jeunesse fait plein d’erreurs mais brille de joie, d’amitié, de rage et d’énergie.

Sorti en novembre dernier, « Keep the flame alive », comme son nom l’indique et comme la pochette de l’album (signée Coraline Desnous) le montre, a fait un énorme retour en arrière pour tenir un flambeau et faire perdurer une tradition thrash des plus primaires.

Ici, pas de technique liée aux Vektor Coronariens, ni de noirceur imputée aux Dark Angel et autres américains, car CRITICAL LEGACY reste plutôt basique pour expulser sur le bitume, son rejeton dans un pit infernal, en guise de ballon de rollerball (les quarantenaires sauront).

Avec un chant plus proche de certains vieux groupes de hardcore /crossover tels que D.R.I sur « Thrash zone » ou encore avec une tessiture aussi proche de celle de Mat Maurer sur « I am immortal » chez les australiens de Mortal Sin, le bassiste /chanteur Ulysse Drouot, crache ses textes qui regardent la société actuelle comme un fléau destructeur. Et ce chant éraillé, on l’aime ou on ne l’aime pas (c’est ce qui divisera incontestablement les possesseurs d’oreilles) ; il n’en reste pas moins que CRITICAL LEGACY règle son thrash old school dans les crans de son engrenage.

En effet, il est cinglant, sans mélodie sirupeuse, avec une rage sacrée que l’on peut constater dès le premier morceau où la basse combat violemment les guitares. Le thrash possède plusieurs facettes, dont une nettement plus proche de l’énergie punk, violente, mais pas forcément sombre. Et c’est par ici que CRITICAL LEGACY développe son identité.

« Keep the flame alive » est un album relativement long pour un premier jet, comme si les gars n’avaient pas voulu jeter aux ordures des idées qui auraient pu sembler moins efficaces, par peur de manquer. On se retrouve alors avec dix titres dont certains peuvent avoir quelques longueurs, où pourtant le thrash brûle comme s’il avait une première jeunesse. CRITICAL LEGACY, sans offrir de personnalité atypique, permet malgré tout de donner un certain nombre de passages intéressants qui équilibrent sans nul doute avec certains points noirs de l’album. Pour l’exemple, le passage chant clair de « Run or die » ne laissera pas grand souvenir, alors que les riffs qui suivent font saigner les rondelles comme un coup de fouet qui creuserait une tranchée sur le mont chauve, pour terminer sur un solo en fade out bien pensé.

C’est souvent le cas pour les premiers albums ; on se cherche, on veut tellement dire de choses, que tant pis si tout n’est pas au max de la perfection, on balance la purée. Mais en même temps, c’est du thrash non ?

Alors nuques huilées, pivots revissés et en avant la fessée. « Asskicker » et ses airs de Motorhead en mode thrash vient mettre le feu d’autant que le morceau est court.

Entre moments plus accessibles aux ados rebelles et certains autrement plus matures et massifs, on découvre tout de même quelques bonnes parties de riffs thrash indécents comme avec « Gangrene », qui déborde de rythmiques hyper speed, l’instrumental « Requiem for Gaïa » vient faire respirer tout le monde avec un peu de calme.

C’est sur les bons titres qu’il faut s’attarder car sur des morceaux comme « Fucking thrash » où justement le thrash de CRITICAL LEGACY est ultra speed, on se prend au jeu et on apprécie cette création sauvage.

Voici donc un premier album, un jeune album, avec des hésitations sur les choix, avec des longueurs sur certains titres, mais il est représentatif de cette jeunesse actuelle qui a une fougue aussi virulente que pouvait l’être celle des années 80’s ; elle a envie d’exister, elle a envie de se lâcher comme sur le solo de « Crosse the ages », tellement eux.

Pour terminer, on soulignera l’hommage rendu avec le morceau « 13 novembre » qui vient baisser le rideau avec des paroles en français, pour bien balancer sur certaines horreurs dont le thrash parlera toujours en musique.

A bon entendeur

Arch Gros Barbare

01/02/2021