END OF MANKIND -Interview- 03 02 2021


04 février 2021

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END OF MANKIND, un album somptueux, « Antérieur à la lumière »...Black metal...Une interview complète.

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Bonjour, avec la sortie de « Black metal excommunication », est-ce qu’aujourd’hui, on peut dire que END OF MANKIND est toujours ce qui est né des cendres de ETERNAL MAJESTY ? Que sont devenues les deux entités l’une pour l’autre aujourd’hui, vu les deux albums sortis par END OF MANKIND ?

Il était question d’une longue pause, plutôt que d’un split pour ETERNAL MAJESTY. Alors que s’est-il passé vu que vous aviez choisi de créer END OF MANKIND et que finalement Sagoth et Thorgon sont partis, remplacés par Volodia et Gasha? Qu’en est-il exactement de tout ça au final avec ce changement de line-up radical qui aura donné naissance à « Antérieur à la lumière » ?

Anxiferath : Il n’est pas question pour nous de remettre en cause le passé et tout le cheminement qui nous a permis d’arriver là où nous en sommes aujourd’hui. Disons que certaines braises du passé sont restées ardentes ; mais le lien entre les deux groupes existe bel et bien. Bien entendu, l’émancipation d’END OF MANKIND, si l’on peut ainsi la qualifier, s’est effectuée en plusieurs étapes et il est légitime de la considérer aujourd’hui comme complète, puisque plus aucun membre d’ETERNAL MAJESTY ne reste dans la formation actuelle. Sagoth et Thorgon restent néanmoins toujours très proches du groupe et continuent à y contribuer. Sagoth s’occupe de tous les visuels d’END OF MANKIND via Mallevs Records, le label qu’il dirige avec moi. Nous mettons un point d’honneur à respecter leur héritage, pour conserver l’essence de ce qui fait l’identité d’END OF MANKIND.

Thorgon : On ne peut effectivement pas vraiment parler de split pour ETERNAL MAJESTY, mais plus d'une longue pause. Nous avions, à un moment donné, besoin de prendre du recul musicalement et humainement avec la scène Black Metal, pour différentes raisons. Il a souvent été question de reprendre ETERNAL MAJESTY mais c'était impossible pour nous, initialement, de continuer le groupe sans tous les membres d'origine. Nous avons finalement décidé, Sagoth et moi-même, de monter un nouveau projet avec des personnes rencontrées au fil des années et, dans les différents groupes avec lesquels nous avons joué entre temps.

Ghoulaxe : En termes d’évolution, c’est tout d’abord Volodia, remplaçant Thorgon à la batterie qui a rejoint l’équipe. Ce changement de line-up a immédiatement permis d’insuffler une nouvelle dynamique dans la composition.

Avec son arrivée, s’est créée une réelle osmose. Il s’est immédiatement montré particulièrement actif dans le processus d’écriture et, c’est en grande partie à lui que l’on doit l’effervescence créative qui nous a poussés à composer un album entier, en si peu de temps.

C’est moi qui ai remplacé Sagoth à la basse pour l’enregistrement de « Antérieur à la Lumière », notre nouvel album. Ayant moi-même composé la majorité des morceaux de cet album, basse incluse, il s’est avéré logique et plus simple que j’assure l’enregistrement des lignes de basse. L’intégration plus récente de Gasha au poste de bassiste date d’octobre dernier.

Pour conclure sur le sujet du line-up : ces deux nouveaux membres sont tous les deux des musiciens expérimentés et volontaires et nous leur faisons entièrement confiance pour la suite.

EndOfMankind02web.JPG (33 KB)Le black metal a bien changé depuis quelques années, le black metal d’END OF MANKIND est la preuve de son évolution. On distingue parfaitement, sur votre deuxième album, cette osmose autant que cette confrontation entre des idées plus old school et d’autres nettement plus actuelles, comme ce que l’on peut trouver aujourd’hui dans tout ce que l’on nomme peut-être finalement en guise de fourre-tout, « post » quelque chose, et ici spécifiquement « post-black metal ».

Alors pourquoi tant de groupes actuels ont tendance à délaisser les configurations d’antan pour laisser la place à une espèce de mélancolie qualitative certes, mais qui oppose pas mal d’auditeurs de l’arrière garde avec celle d’une jeunesse qui possède d’autres valeurs ?

Le black metal français, est-il surtout parisien ?

Anxiferath : Non, je ne pense pas que le black metal français soit surtout parisien, bien que Paris ait compté et compte toujours nombre de formations de qualité. Cette densité assez légitime est liée au fait que non seulement, comme dans d’autres styles musicaux, Paris est un vivier de talents et de structures et, quand tu réunis tout ça, ça te donne vraiment de quoi t’associer et produire ; mais c’est également un gros mix de plein d’origines et de backgrounds.

En revanche, je considère que le black metal est depuis toujours profondément ancré dans les folklores régionaux (peu importe le pays) historiques et légendaires et, se nourrit volontiers d’épopées, de mythes et de légendes bien souvent issus d’époques révolues. Par conséquent, la France entière à travers la richesse de ses spécificités locales et de son histoire, constitue un terreau vraiment fertile à l’avènement de la musique black metal.

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de donner une approche plus éthérée, plus atmosphérique mais tout de même contemporaine ?

Anxiferath : Pour moi c’est justement l’approche plus éthérée et plus atmosphérique qui peut conférer à notre musique un aspect contemporain. Vis-à-vis de « Faciem Diaboli », notre précédent album de 2019, il s’agit là d’une évolution délibérée dans l’approche de nos compositions. Bien entendu, cette dimension contemplative continue de côtoyer l’intensité des passages black metal plus classiques, blastés et épiques qui nous caractérisent je pense.

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Le black metal est-il devenu pour vous, un courant plus intellectuel que primaire et sauvage, comme il a pu l’être dans les années 90’s, quand on voit ce que Enslaved est devenu, ce que Mayhem a pu faire au long de sa carrière… ?

Anxiferath : Intéressante cette dualité « intellectuel / primaire et sauvage » … Je dirais, en ce qui concerne END OF MANKIND, que cette dyade fait partie de notre ADN. En effet, un des aspects de la musique black metal qui nous a globalement toujours réunis, c’est la brutalité et l’extrémisme musical qui est propre au genre depuis ses débuts et ce, malgré la diversité des backgrounds artistiques, des différents membres ayant œuvré à la construction du groupe.

En revanche, si on peut parler de fond et de forme, nous mettons toujours un point d’honneur à injecter un fond conceptuel et réfléchi à nos compositions et, plus largement, à toutes nos productions (merch, interviews, …) ainsi que dans notre communication.

EndOfMankind03web.JPG (49 KB)Parmi le black metal que l’on trouve actuellement, quels sont alors ceux qui vous interpellent et ceux qui ne vous touchent que peu ou pas ? Les artistes issus de la scène telle que ceux des Acteurs de l’Ombre sont-ils de ceux qui vous parlent plus aujourd’hui en opposition avec les ténors norvégiens dont certains ont radicalement changé depuis leurs débuts d’ailleurs ?

Ghoulaxe : Anxiferath et moi-même sommes issus de la scène Punk Hardcore, au sein de laquelle nous avons officié dans pas mal de groupes au fil des années. Je pense que ce parcours doit se ressentir dans nos goûts actuels et dans nos compositions.

Nous ne sommes donc pas vraiment des puristes “True Black Metal”. Nous écoutons en revanche tous les classiques de la scène BM “traditionnelle”, surtout issus de la « second wave of BM » tels que MAYHEM, GORGOROTH ou DISSECTION, pour ne citer qu'eux. Nous apprécions également les formations plus modernes qui mêlent les genres, comme DEAFHEVEN, DER WEG EINER FREHEIT ou ALCEST. Par conséquent oui, la plupart des propositions de LADLO nous plaisent. S’il faut citer nos favoris, je dirais : ARKHON INFAUSTUS, HYRGAL, TIME LURKER et DELUGE.

Anxiferath : Tout pareil. Je ne me sens pas attaché à une époque particulière, tant j’aime voir les évolutions et les sous-genres qui ont vu le jour sur les 30 dernières années. A l’heure actuelle, je creuse sur les vrais débuts de tous les groupes fondateurs, voir sur quelles bases ils ont démarré. Je pense notamment à des groupes comme SUMMONING ou JUDAS ISCARIOT. Et à côté de ça, je passe beaucoup de temps aussi à écouter les dernières sorties de groupes beaucoup plus contemporains.

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Même si effectivement, toute cette histoire de confinement vous aura bien aidés, vous comme beaucoup d’autres groupes d’ailleurs, à vous retrancher sur vous-mêmes pour écrire un maximum au détriment de la scène et des concerts, sept mois après la sortie de « Faciem Diaboli » vous êtes entrés en studio pour une sortie juste un an après. De quelle manière avez-vous décidé, opté, réfléchi à sortir ce second album dans un laps de temps aussi proche finalement ?

N’est-ce pas trop proche, même si la conjoncture actuelle y est quelque part.…propice ?

Ghoulaxe : Pour « Antérieur à la Lumière », nous avons commencé à travailler sur les compos en février 2020 en mettant en place 4 maquettes qu’on avait sous le coude et, comme vous le savez tous, le confinement instauré à la mi-mars nous a stoppés dans cet élan. A ce moment-là, nous avions pour ambition de sortir un split avec un groupe grec. Finalement trop complexe et hasardeux à mettre en place, le projet a été avorté. Du coup, lancés dans ce processus de composition et le fait d’être coincés chez nous nous apportant pas mal de temps, nous nous sommes rapidement retrouvés avec quelque chose comme 12 morceaux prêts ! Au final, nous en avons sélectionné 9 qu’on a chacun peaufinés chez soi. S’en est suivie une phase de pré production complète de l’album par nous-mêmes et, 10 jours après avoir été « de-confinés », nous nous sommes reconfinés pendant 1 mois avec Etienne Sarthou au Hemlig Studio à Saint Ouen, pour enregistrer ce deuxième album.

Anxiferath : Trop proche ou pas trop proche, là n’est pas la question. La question est : sans capacité de répéter tous ensemble dans des conditions optimales, sans aucune perspective de jouer des concerts, que reste-t-il à un groupe dont l’ambition n’a d’égal que sa volonté de créer ? Et bien la réponse est de poursuivre l’écriture et c’est ce que nous avons fait.

« Antérieur à la lumière » s’inspire comme vous l’avez décrit, de l’œuvre de Pierre Soulages et c’est intéressant dans le sens où les curieux sont allés ou iront rechercher de quoi il retourne avec « Le noir », « l’obscurité », « L’humain ». Alors, qui était-il pour vous, et que représente son œuvre à vos yeux et dans votre esprit ? Mais surtout qu’avez-vous voulu mettre en parallèle dans « Antérieur à la lumière » ?

Ghoulaxe : Pour « Antérieur à la Lumière », nous avons cherché à créer une forme de dualité dans l'esthétique des compositions. Par conséquent, on retrouve tout au long de l’album, un contraste entre une violence aveugle et une douceur contemplative ; à l'instar de la dualité proposée par Pierre Soulages dans son œuvre et dans son concept de « noir-lumière » ou « outrenoir ».

Nous avons souhaité mettre en musique le parallèle entre les créations artistiques de l’artiste et la nature même de l'être humain. Même au plus profond de la plus intense noirceur, il est possible de trouver des éclats de lumière. La vocation artistique de cet opus est de retranscrire ce concept.

Anxiferath : Musicalement parlant, je pense que le black metal a la capacité d’être particulièrement versatile et « métissable », (n’en déplaise) et, j’en veux pour preuves des formations telles que WHITE WARD, ZEAL AND ARDOR, WAYFARER ou encore MORA PROKAZA pour ne citer qu’elles. Et bien j’estime que ce « cross-over » est également possible entre différentes formes artistiques que sont la musique et l’art pictural ou bien encore la musique et la littérature.

Pourquoi le discours d’Albert Camus ?

Anxiferath : Je pense que même des années après sa disparition, l'héritage littéraire et philosophique d'Albert Camus est immense et demeure particulièrement intéressant et riche. Dans le contexte actuel de montée de la contestation populaire, nous pensons que de se plonger dans ses écrits ou en l’occurrence, dans ce discours de Stockholm de 1957, permet de bénéficier de certains éclairages tout à fait pertinents encore de nos jours.

Ce qui nous a particulièrement plu dans ce discours, est que les réflexions morales et politiques ainsi que les questionnements qui s’y retrouvent, n’ont de cesse de trouver des échos dans l’actualité d’aujourd’hui.

EndOfManking04HD.JPG (61 KB)Vous avez travaillé avec Magnus Lindberg de Suède pour le mastering de cet album, qui n’est pas forcément quelqu’un qui bosse uniquement avec des groupes de metal, et à vrai dire, sans doute pas forcément avec des groupes de metal dans le vieux sens du terme. Est-ce que son travail avec Cult of Luna et sa couleur atypique relativement « froide » étaient pour vous une référence obligatoire pour chaque sortie, car vous aviez travaillé avec lui aussi pour « Faciem Diaboli » non ?

Goulhaxe : Nous sommes tous fan de la plupart des groupes (TRIBULATION, DOOL, ALCEST, …) produits par Magnus et surtout de son travail en tant que batteur avec CULT OF LUNA. C’est Etienne Sarthou, qui a enregistré nos deux albums, qui nous a mis en relation avec lui. L’idée était de ne pas sonner trop « metal » tout en gardant le coté punchy et agressif inhérent au style. Fort de ce constat, Magnus nous est apparu être la personne idéale pour le mastering et on ne s’est pas trompé. Grace à lui, le mix a pris une autre envergure, beaucoup de largeur et de brillance, tout en gardant une écoute confortable.

C’est tout ce que l’on attend d’un bon mastering : avoir un rendu sonore bien lié, cohérent et magnifié.

Il est à supposer que cette crise sanitaire, qui est loin d’être terminée, est un handicap certain pour la plupart des groupes underground, surtout au niveau des concerts bien-sûr pour pouvoir assurer un peu de promotion sur les sorties d’albums, car évoluer dans une scène déjà loin des médias mainstream et saturée de toutes parts, devient forcément difficile. Alors comment vous vous débrouillez depuis la sortie de l’album ?

Anxiferath : Et bien, je dirais simplement : l’histoire se répète ! Comme je le disais plus haut, nous n’avons aucune vraie perspective de live mais toujours la volonté d’offrir du contenu et de conserver une activité. Donc nous avons tout juste terminé l’enregistrement d’un clip comme support à « Antérieur à la Lumière ». Il est en cours de montage, nous devrions être en mesure de divulguer des informations sur sa sortie très prochainement.

En parallèle, et bien nous avons déjà entamé l’écriture de notre prochain opus, sans pour le moment savoir de quel format il s’agira.

D’ailleurs vous avez tout de même pu bénéficier d’une visibilité sur Metallian ou Hard Force pour ceux qui ont pignon sur rue, mais même d’une large promotion en chronique internationale, et production aussi puisque l’album est sorti chez Mallevs records, Vomit records ou encore Delusive productions pour des formats différents. Comment s’est faite cette large production ?

Anxiferath : Mallevs Records est le label que je dirige avec Sagoth (comme évoqué plus haut) et nous avons déjà travaillé sur la production de toutes les sorties précédentes du groupe, donc nous avons logiquement poursuivi ce partenariat sur cet opus. Delusive Productions (Indonésie) et Vomit Records (Mexique) sont tous les deux des labels qui ont signifié leur intérêt de prendre part au projet, ce qui a été fait. Afin de gérer au mieux le travail de promotion et d’avoir accès à un carnet d’adresses en matière de fanzines, webzines, radios et autre ; nous avons confié le travail d’attaché de presse à Solstice Promotion, agence avec laquelle nous avions déjà travaillé sur « Faciem Diaboli » et dont nous saluons le travail professionnel.

Vu que nous sommes toujours confinés ou limités, ou couvre-feuisés, avez-vous continué d’écrire ?

Anxiferath : Absolument. Pour être franc, la fulgurance créative initiée à l’occasion de l’écriture d’« Antérieur à la Lumière » ne s’est jamais éteinte, au contraire ! En effet, c’est galvanisés par la frustration artistique et sociale qui s’accumule dans le contexte restrictif actuel, que nous avons récemment entamé la composition de notre prochain disque.

On peut difficilement répéter en ce moment. Si « la fin justifie les moyens », il nous apparait impardonnable de ne pas mettre en œuvre les moyens dont justement nous disposons de nos jours. Je parle bien entendu spécifiquement des outils numériques. L’innovation de cette dernière décennie en matière de solutions de répétition et d’enregistrement, couplée à la prise en main et à la maitrise croissante de ces dernières par les membres du groupe, nous permettent d’être plutôt performants en matière de production.

Du coup, et sans trop en révéler, nous pouvons vous assurer que l’avenir est en train de s’écrire !

Ce temps a-t-il été mis à profit pour justement penser vos prochains concerts éventuels, si un jour on peut encore y assister ? Comment la suite du groupe est envisagée pour l’instant ?

Anxiferath : Et bien, en deux mots : poursuivre l’écriture des nouveaux morceaux en cours, finaliser le clip et continuer à proposer du merchandising diversifié et de qualité.

En synthèse : ne pas végéter en cette période qui pourrait y paraître propice !

Merci beaucoup pour l’interview.

Arch Gros Barbare

04/02/2021

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