HEBOÏDOPHRENIE -Cannibalism for dummies-


31 mai 2020

HEBOIDOPHRENIE.jpg (118 KB)

Groupe : HEBOÏDOPHRENIE
Titre : Cannibalism for dummies
Label : Great Dane records
Année : 2020

Il aura fallu autant de temps à HEBOÏDOPHRENIE pour sortir son second album qu’à Brad Pitt pour trouver la paix au Tibet. Oui, sept longues années séparent « Origin of madness » de « Cannibalism for dummies », et l’enfant difforme, sorti de l’esprit d’« Abyss » et sa tribu, a pris de l’assurance, de la maturité mais aussi plus de traits de caractère qui lui permettent aujourd’hui de présenter onze titres (intro comprise) d’un death metal d’origine brutal core, qui a conservé ses traits de naissance, mais qui a su évoluer vers un univers beaucoup plus death actuel, moins core et plus intense. L’esprit de l’album, l’esprit de « Cannibalism for dummies » est nettement plus inspiré que son prédécesseur et l’écart est flagrant, tantôt plus death/thrash, tantôt plus mélodique sur son lead qui part avec un excès de confiance en soi totalement bénéfique, ce qui donne sur « Human are fucking cooked », un morceau tripant, plus death metal que brutal core, où la guitare de HEBOÏDOPHRENIE est devenue libre, moins coincée dans la rythmique basique inhérente au core. Du coup, cette première pierre posée, on sent que l’album est nettement différent de celui de leurs débuts, et que c’est une bonne baffe de bûcheron qui s’annonce pendant un peu plus de quarante minutes.

Alors on y reconnaît malgré tout quelques réminiscences de « Origin of madness » notamment sur des titres tels que « Beheaded » (mais ce n’est pas la grande majorité de l’album), avec cependant une nette différence car, quelque part, les ambiances d’un « Of scabs and boils », sorti en 2012 sur l’album « Global Flatline » de Aborted, sont là.

HEBOÏDOPHRENIE a su mettre cette longue période à profit pour complexifier son death core putride, afin de lui donner plusieurs facettes contenant des aspérités vraiment saillantes qui s’agrippent à vos oreilles comme les mouches sur la queue d’une vache.

« Flush the meat » et « Bleeding love » perforent de violence et de brutalité, mais l’on sent bien que la mélodie dans l’agressivité est devenue aujourd’hui, chez HEBOÏDOPHRENIE, une marque de fabrique pour donner à ses morceaux un intérêt certain.

Machine de guerre aux allures de motoculteur, « Bleeding love » met tout le monde d’accord et donne au groupe ses lettres de noblesse.

Cependant, l’efficacité de l’album ne repose pas sur un seul morceau. La production est elle aussi plus puissante et moins synthétique que le premier album, surtout au niveau de la batterie et du graillon de guitare et l’on peut dire aujourd’hui que le groupe a trouvé sa voie car chaque titre possède malgré tout son accroche personnelle : « Techno messiah » et son ambiance psychotique, surfant constamment sur un bain de death metal assez gore, « Flush the meat » qui vient poser une atmosphère glauque et nécrogore à souhait... Et si vous aviez trouvé le premier album passable, il est indéniable que « Cannibalism for dummies » montre des atouts autrement savoureux, avec également une expérience d’écriture qui assure à ce nouvel album la certitude d’attirer dans son sillon des curieux, des amateurs qui apprécieront ce mix de death metal, de death core, de death brutal, croisée de mondes et de cercles dont le groupe a su prendre quelques meilleures idées.

L’instrumentale « Doomsday » pose aussi une charge explosive qui joue son rôle de déflagration mortelle, toujours dans une idéologie très morbide, et quand on vous parle de progression, d’avancée ou de maturité, les mots sont pesés car il n’y a que peu de déchets sur cet album et qu’on soit de cet univers ou pas, force est de constater qu’HEBOÏDOPHRENIE signe ici un album percutant où il est vrai des titres comme « Hispter slaughter » ou « Left half dead » n’ont rien à envier à certains titres de Aborted ou Benighted ; c’est brutal à souhait et ce lead transcendant, presque spatialement omniprésent, offre aux morceaux une aération des plus agressives.

Il aura mis le temps à venir au monde, mais « Cannibalism for dummies », en plus d’avoir une pochette signée Bastien Jez (ex-guitariste du groupe ), somptueuse, montre que HEBOÏPHRENIE 2020 est en pleine forme et que le groupe signe ici un très bon album.

Arch Gros Barbare

31/05/2020