IRON FLESH -Summoning the putrid-


14 décembre 2020

IRON FLESH COVER 1.jpg (324 KB)

Groupe : IRON FLESH

Titre : Summoning the putrid

Label : Great Dane Records

Année : 2020

Trois ans, déjà deux eps’ et deux albums, IRON FLESH va vite, très vite...trop vite ?

En effet après seulement trois ans d’existence les bordelais d’IRON FLESH ne cessent d’écrire, enfin surtout Julien Helwin car c’est lui qui écrit la musique et les paroles d’IRON FLESH. Véritable homme orchestre tel Rémi Bricka, il touche à tout, batterie, guitare et chant (ayant officié auparavant dans plusieurs formations de courants musicaux totalement différents et loin du death old school) le sieur mène sa barque et regarde devant, dans sa longue vue, sur l’océan houleux et infesté de requins qu’est celui du Death metal, aidé par ses comparses aux rames et gouvernail, afin d’atteindre avec témérité, ce mont rocheux, aride et austère , au milieu de nulle part, qu’est le Mont divin de la old schoolitude.

Après deux Ep’s qui avaient laissé un goût plutôt agréable en bouche, car ces deux productions laissaient entrevoir des sonorités de death old school , avec tantôt des relents plus mélodiques et tantôt des envies plus death-doomisantes ; IRON FLESH semblait arriver à trouver sa voie, en faisant hommage à l’ambiance quelque peu scandinave et plus particulièrement suédoise des années 90’s, mise en exergue par pas mal de monde ces dernières années.

Et donc finalement le premier album « Forged faith bleeding » avait véritablement mis le doigt sur le fait qu’IRON FLESH pouvait écrire du death old school assez crasseux et putride marchant sur les traces d’un Dismember comme un enfant met son 32 de pointure dans le 45 de son père, dans les traces de pas laissées dans la neige.

A partir de là on pouvait se dire que « Summoning the putrid » (avec ce superbe artwork indubitablement ancré dans les horror comics américains des années 80’s, ici signé par Skadvaldur et colorisé par Ars Goetia Design , qui lui donne un cachet non négligeable), allait suivre le chemin de ses pairs et balancer du death metal encore plus roots et authentique et que IRON FLESH allait défourailler dans tous les sens sans laisser de survivants.

Et c’est ce qui est arrivé, IRON FLESH a défouraillé à l’Aka 47, au lance-roquettes antichar, à la machette, et même à la fronde pour tuer tout le monde. Le problème c’est que
si la noirceur de « Forged faith bleeding » avait pu crisper quelques lèvres, ce nouvel album a de quoi les dérider, parce que IRON FLESH a tiré partout, blessant en même temps les civils , et par moments passant à côté de son propre pied.

En effet si l’album dans sa globalité offre aux auditeurs quelque chose de propre, de bien produit (Secret place studio oblige pour le mix et le master : du nectar), ça part vraiment dans tous les sens, où le groupe a abandonné un peu sa sévérité death metal pour approfondir les excursions mélodiques que l’on avait découvert sur les productions précédentes,
et en devenir le fer de lance de ce nouvel album.

Si « Servants of oblivion » suivi de « Relinquinshed flesh » partent sur des chapeaux de roue, sont de bonne facture et sont dans la continuité de l’album précédent, on a la sensation qu’IRON FLESH tente de jouer à Maïté en mettant tout dans un seul plat ce qu’il a trouvé sur son chemin, un peu comme un gloubiboulga musical.

C’est le cas pour « Purify through blasphemy », titre qui se voulait true evil uste par ses mots, après la pachydermique « Demonic enn », mais qui bien au contraire, déstabilise l’auditeur avec un riff totalement léger, mélodique à souhait et presque heavy (qui dominera tout le morceau faisant office de fil rouge), où l’on se pose la question de savoir ce qu’il peut bien foutre là, comme si les réminiscences des débuts du groupe qu’il avait avec son frère dans WITHDRAWN (et leur death mélo originel) refaisaient surface.


En effet ce titre donne la sensation qu’IRON FLESH se cherche sur cet album, car non content d’avoir surpris les potentielles oreilles,
il prend le temps de s’éparpiller et on ne comprend plus vraiment ce qu’il se passe par la suite. « Cursed Beyond Death » prend des allures de chansons doom hors du temps sans trop de liens avec le reste de l’album (là où « Demonic enn » arrivait à créer un pont entre deux mondes). Puis « Death and the reaper’s scythe » enfonce le clou de l’ambiance doom-death. Exit les parties death old school bien poilues, exit la sauvagerie primaire, tout a disparu en l’espace de trois titres, et l’on ne sait plus sur quel pied danser.

Et indubitablement « Incursion of evil » viendra poser le linceul sur le cercueil du death metal d’IRON FLESH, pour offrir une introduction bien écrite, digne des anciens Paradise Lost, dans une ambiance très My dying bride, et progresser vers un death mélodique, à l’ancienne certes, mais mélodique.

Il faudra attendre « Thy power infinite » pour avoir un petit retour en début de titre sur ce qui animait le groupe au début, morceau agrémenté d’ailleurs d’un invité de marque qui n’est autre qu’Alex-Colin Toquaine (Agressor) qui vient poser un solo sublimement maléfique sur ce titre. Pourtant IRON FLESH continuera sa progression vers un univers nettement plus mélodique que la sauvagerie qu’il voulait créer sur ses premières productions, et ce changement s’est opéré en même pas trois ans.

« Convicted Faith » ne viendra pas inverser la tendance ; pourtant lourde sur son introduction death-doom, encore dans un esprit plus Paradise Lost des débuts finalement, saupoudré de ce que la scène actuelle peut avoir à donner également, en pensant à certaines idées de Swallow the sun, avec un son différent.

Et c’est ce moment là que l’on se dit que l’artwork n’est plus trop en adéquation avec le contenu.

Alors attention, les chansons ne sont pas mauvaises au contraire, car si l’on ne s’attend pas à du death old school, on peut être agréablement surpris par la mélodie de ces titres lents et doom comme « Convicted Faith » qui donnent cet aspect très doom anglais et IRON FLESH devient finalement plus dark que death, avec un ensemble littéralement décousu sur cet album, c’est un peu dommage.

C’est donc lorsqu’ils sont pris isolément, que les morceaux présents sur ce nouvel album sont honorables sans aucun doute et font leur taff, mais c’est le fait de les avoir assemblés en un seul album qui peut donner cette impression d’avoir pêché par excès de manière subjective. Il est possible que les anciens prennent du recul, et que la jeunesse y trouve amplement son compte, c’est certain. Parfois il faut savoir prendre des risques et IRON FLESH le fait, car tous les goûts sont dans la nature

Alors que dire de plus si ce n’est « vive le sport sur HM2 ».

Arch Gros Barbare

14/12/2020