Groupe : IDOLOS
Titre : Ahi Cab
Label : Anthrazit Records/Wolfmond Production
Année : 2020
Lorsque le death metal fut, des générations de fans apprécièrent son état d’esprit, sa morbidité et sa puissance dévastatrice. Lorsque le black metal fut, une horde de légions suivirent le mal, comme des aveugles suivent leur instinct. Puis vint le mélange des genres et l’identité de chacun en prenait un coup ; les vieux devenaient cons, les jeunes devenaient cons... Lorsque le Shoegaze et le post black metal furent, les mêmes réactions et les mêmes conflits de générations survinrent encore et encore, si ce n’est pire.
Mais comme pour toute vague ou toute alchimie, seules les déferlantes ou les parfaites fusions resteront dans les esprits de ceux qui les reçoivent. Et alors que le post black metal vit ses années de clonage, et que le shoegaze/black atmosphérique épure petit à petit ceux qui le suivent par trop de douceur ou trop de fausse noirceur, certaines formations viennent du néant, ne profitent pas de la lumière, mais pour autant, arrivent à créer une ambiance lumineuse.
Une ambiance étrange comme le veut ce courant alternatif, cette dernière ramification boudée par les puristes, éructée par les intégristes du poing levé et de la veste en cuir, qui pourtant va chercher une poésie et une profondeur aussi intéressante que certains écrivains du siècle dernier.
IDOLOS avec ce premier ep « Ahi cab », formé de deux membres MgRcH et Nnk, veut tout d’abord conter une histoire fouillée et riche ; une histoire de civilisations où pour ceux qui liront et comprendront, leur esprit sera libre et traversera les mondes au travers de croyances Mayas, Atlantes et interplanétaires.
Et ce visuel qui pourrait sembler trop mièvre ou sirupeux, laisse percevoir au contraire le paradoxe des quatre titres (intro comprise) qui composent les vingt-deux minutes de cet ep.
En effet, IDOLOS se projette dans un mélange de post black metal/shoegaze que l’on cernera facilement sur le dernier morceau « The maiden of the tree », avec un excellent son de basse où certaines tonalités atmosphériques rappelleront le premier Alcest sans grande difficulté.
Malgré tout, ce n’est pas ce qui différencie IDOLOS de ses congénères, car on sent tout de même que les origines de MgRcH (qui officiait vaginalement dans VULV et thrashistiquement dans COURNON THRASH BRIGADE), viennent aussi du vieux black metal et du heavy metal.
Ceci se ressent de manière flagrante sur « The deeds above » où le solo fait rage, un solo heavy metal qui vient à point nommé sur ces rythmiques black atmosphériques et cette voix crade, un solo heavy metal qui sublime le morceau et brise cette mélancolie typique du style pour ne pas que IDOLOS tombe dans le piège des licornes rose bonbon à princesses du 21ème siècle.
Et l’oxymore est totalement réussi donnant à IDOLOS ce côté plus Year of no light époque « Ausserwelt » version post black.
En poursuivant, on se rend compte que IDOLOS accélère uniquement lorsque c’est nécessaire et préfère se développer dans une ambiance mid-tempo torturée, pour que ce « Ahi cab » puisse être bien ingéré malgré sa courte durée.
Mais même lorsque le groupe veut s’éloigner de certains côtés trop actuels, il retrouve pourtant ses travers avec « The summoners », qui revient à cette atmosphère postblack atmospheric/shoegaze pleine d’émotion, pleine de rythmiques segmentées de passages sidéraux mettant tellement en exergue les textes, grâce à ses guitares éthérées bien jaugées sur un titre qui dure plus de sept minutes.
C’est un premier jet, pas un brouillon, mais bel et bien une pensée réfléchie et construite qui se découvre sur cet Ep, où ambiances cosmiques et profondeurs abyssales se côtoient musicalement avec une réelle poésie.
IDOLOS réussit donc à attirer l’attention des amateurs du genre, avec simplicité mais également une certaine maturité due au passif musical de ses géniteurs.
Arch Gros Barbare
25/02/2020