Groupe : NUMEN
Titre : Erre
Label : Les acteurs de l’ombre productions
Année : 2026
Il y a des groupes qui passent inaperçus. Ces groupes qui ont beau sortir des albums, de qualité de surcroît, mais qui font preuve de malchance pour ne rester que dans l’ombre de certains autres. C’est malheureusement le cas pour NUMEN.
Ce groupe espagnol existe depuis la fin des années 90’s, depuis 1997 pour être plus précis et malgré quatre albums et deux eps, rares sont ceux qui ont eu une de leurs productions entre les oreilles.
Pourtant « Numen », sorti en 2007, bien que surtout sorti sur la péninsule ibérique chez GOI Music avait malgré tout cette petite signature d’un black metal bien que traditionnel, pourtant chaleureux dans l’écriture, et généreux dans la composition.
Le temps a passé, peut-être de la remise en question, car après celui-ci , il aura fallu attendre douze ans, pour que survienne un nouvel album (sorti chez LADLO d’ailleurs) et pour qu’enfin NUMEN traverse quelques frontières. Voici donc venu le cinquième album de ces espagnols à la ténacité rustique, pour que vous puissiez (peut-être tardivement) découvrir un black metal à l’ancienne, qui, sans jamais vous transporter sur l’Etoile Noire du black metal, vous amène tout de même dans des ténèbres agressives et cinglantes qui tiennent leur promesses.
C’est donc sur un artwork aux couleurs que Stendhal n’aurait jamais renié , que NUMEN revient sept ans plus tard, avec « Erre ».
Un album qui demeure plus court que ses prédécesseurs, car il peine à faire trente six minutes. Cependant, mieux vaut toujours rester concentré que s’épandre sur d’interminables longueurs pour gaver les oreilles des auditeurs jusqu’à les faire saigner d’ennui.
Donc jusque là la démarche, est plutôt louable.
Voici donc un nouvel album avec des titres toujours aussi incompréhensibles , que NUMEN vous propose pour terminer cette année misérable. Un album de black metal où la violence se mêle facilement à la profondeur abyssale d’ambiances noires mais prenantes. Le line-up est plutôt stable depuis toujours, ce qui permet à NUMEN d’avoir une véritable osmose musicale, on l’entend rapidement sur « Kez beteriko zeru penatua » un des deux titres les plus longs de l’album avoisinant les dix minutes.
En effet NUMEN vous trimballe dans de bonnes atmosphères black metal du siècle dernier, où leur côté folk a totalement disparu et leur volonté d’intégrer des choses intenses à la Dark Funeral viennent plus facilement sur le devant des compositions. L’avantage d’un titre de neuf minutes et quelques c’est qu’il est progressif sans l’être. NUMEN y amène beaucoup de passages différents, tout en gardant son fil rouge, de black metal agressif. C’est extrêmement bien écrit.
Et en fait au fur et à mesure de l’exploration, on pénètre réellement dans l’enfer le plus malsain avec les titres suivants, déjà un peu moins longs, mais tout de même d’une durée conséquente car ils font entre cinq et sept minutes. Sans doute la raison pour laquelle au vu du nombre de seuls cinq titres sur cette production, on peut se poser la question de savoir si ce n’est pas un ep ou un mini album.
En tous les cas, en avançant à pas feutré, on savoure des morceaux dignes de la grande Norvège avec « Negu itxian, urtarril hotza » qui est d’une rare intensité et qui rappelle les plus belles années du black metal scandinave. Ce titre est implacable.
Enfin bien installé dans l’album on profite de « Errautsen azken arnasa » qui monte encore d’un cran avec une introduction protocolaire pour annoncer un morceau sauvage mais efficace. La voix de Aritz est à son paroxysme, aucune extravagance dans les variations, mais de la puissance dans son expression.
Il apporte au titre une couleur qui lui donne du relief, NUMEN écrit ici, certainement avec le temps, son meilleur album. Le groupe s’approche également des tous premiers Emperor dans l’ambiance maléfique avec une production sèche qui propulse les morceaux vers quelque chose d’authentique.
C’est avec un plaisir non dissimulé qu’on avale sans rechigner « Errautsen azken arnasa », tandis que « Hustasuna - Oroitzapen galduen putzua » avec ses airs plus martiaux par endroits dans la rythmique, vient offrir à NUMEN la mise en marche de son ordre satanique.
Et terminer sur un autre morceau presque progressif avec «Euria infernuko sutan » où le tempo sait ralentir pour mieux imprégner l’atmosphère, alors que le chant devient plus varié jusqu’à en prendre une extrême solennité, NUMEN ne pouvait faire mieux. Ce morceau tape dans le dur et dans la violence, autant qu’il sait donner de belles ambiances folk qui rappelle leurs débuts.
Ce cinquième album de NUMEN était la pierre précieuse qu’il manquait à leur édifice érigé sous terre. Durant des années, ils ont construit leurs galeries quand enfin le groupe a découvert son Arkenstone.
Et ce nouvel album brille de l’intérieur et illumine la carrière de NUMEN avec une noblesse impériale.
Arch Gros Barbare
15/09/2026