JOURS PALES - Résonances -


13 avril 2026

JOURS-PALES-Resonances cover .jpg (113 KB)

GROUPE: JOURS PALES

TITRE ALBUM: Résonances

LABEL: Les acteurs de l’ombre

DATE DE SORTIE: 2025

Prendre le temps d’écouter, le temps de digérer, le temps d’apprécier c’est l’exact contraire de la vie actuelle. Tout va si vite, toutes les informations s’effacent quand une nouvelle arrive et prend la place de l’autre. Il en est de même pour les productions, trop de groupes, trop d’albums sortis à moins de deux ans d’intervalle par chaque groupe, ce qui en fait tellement oublier des œuvres qui se voudraient pourtant intéressantes ou en tous les cas enivrantes. La boulimie est une maladie, ne l’oublions pas…

C’est le cas pour JOURS PALES qui ne déroge pas à la règle . Un album à peine un an et demi après le troisième « Dissolution », c’est effectivement très représentatif d’une génération qui veut tout tout de suite, qui a accès à tout tout de suite… En fait cela noie le poisson dans son propre vomi, cela pollue dans le pullulement et plus personne n’a d’intérêt pour quoi que ce soit qui ne dure plus de trois semaines ou un mois.
C’est dommage car
ça ne rend pas hommage au travail de composition de ce nouvel album de JOURS PALES qui lui n’est pas l’écriture d’un soir et n’a absolument pas d’intentions illusoires.

Trop de groupes, trop de projets, trop de choix, trop de monde à en effacer ce qui pourrait avoir de l’intérêt.
Trop de changement, trop d’attitudes qui souffrent d’une insolence qui vient toujours effrontément…Et du coup on passe à côté d’un album qui a une personnalité, un album qui fait montre d’une réelle poésie et d’une souffrance réelle
tandis qu’il ne faut surtout pas dire que c’était mieux avant…

Ce nouvel album de JOUR PALES ne devrait pas juste présenter un intérêt éphémère après avoir été poussé et remplacé par une nouvelle production, parce qu’il faut sincèrement prendre le temps d’écouter, le temps de savourer, il est d’ailleurs fort possible que ce soit la meilleure production de JOURS PALES.

Une production où le packaging a fait l’objet d’un traitement particulier pour mettre en exergue cette illustration de Sébastien Grenier où logo et illustration se démarquent du reste du digipack mais également du reste des groupes des Acteurs de l’Ombre. Somptueux et noble, ce packaging montre tout de même l’intérêt du label pour offrir à JOURS PALES quelque chose à la hauteur de sa musique.

Une musique qui prend aux tripes et possède malencontreusement toujours aujourd’hui la réputation d’être black metal tandis qu’au fur et à mesure des albums elle s’en éloigne absolument pour rester sombre mais de plus en plus loin des codes et de l’esprit black metal originel.

Aujourd’hui JOURS PALES qui est dans l’exact état d’esprit des signatures de LADLO offre une musique ténébreuse où le chant clair et torturé prend une place prépondérante pour mieux théâtraliser les atmosphères lugubres présentes sur les dix titres de ce nouvel album ; ce qui lui offre l’entrée dans un monde plus rock que « Black metal » (parce que le metal ne veut plus rien dire)
Et en y écoutant celui-ci à plusieurs reprises , même si l’on comprend et respecte les origines black metal de JOURS PALES, ce groupe/projet est au black metal ce que Misanthrope est au death metal.

Véritable transformation vers un univers nettement plus poétique et mélodique avec cette qualité d’avoir une personnalité réellement française à en obtenir des lettres de noblesse mais qui ne proviennent plus du monde dans lequel ils sont nés et dans lequel ils ont vécu.

Cet album est incroyable de puissance, chaque titre est une véritable œuvre d’art de mélodie, de profondeur et de poésie. Dès l’introduction l’on est obligé d’adhérer à la qualité de composition et la frontière entre nous et le néant est totalement franchie.
Les mélodies, les leads et les accélérations agressives, mais plus vraiment violentes, offrent à ce nouvel album de JOURS PALES quelque chose de divin. Mais dans ce divin, il n’est plus question de noirceur, seulement de souffrance, parce que si le chant de Spellbound est incroyablement envoûtant, les passages plus lents, plus mélodiques le sont encore plus. Alors l’on est transporté vers quelque chose rempli de supplices et de tourment mais qui s’éclaircit au fur et à mesure des morceaux. C’est beau, mais ce n’est plus noir. JOURS PALES change son univers au fil du temps pour le faire progresser et quitter ses terres ancestrales. « L’essentialité du frisson » à y changer les lignes vocales aurait pu être dans la lignée des albums de Misanthrope, JOURS PALES vous offre ce qu’il a de plus magnifique dans la composition, des guitares fabuleuses, des leads extrêmement mélancoliques à la limite de choses proches des Yearning et consorts.

Et même ce petit air d’accordéon sur la fin de « L’essentialité du frisson » nous donne un aperçu de l’ouverture d’esprit de JOURS PALES. La liberté, juste la liberté.

Cest un album réellement bien composé, bien enregistré et terriblement bien chanté, certainement le meilleur album de JOURS PALES. Il ouvre cependant des portes sur l’évolution même du groupe où cette liberté vient changer au fur et à mesure l’identité même du groupe. « Incommensurable » est époustouflante de beauté, où même la vitesse ne vient jamais troubler la tranquillité de la mélodie.

Avec « Résonances » JOURS PALES prend un aspect onirique dans sa musique on le ressent nettement sur « Viens avec moi » mais il est à croire que cette ouverture d’esprit même si toujours agressive , puisse faire sonner le glas chez certains amateurs, tandis qu’elle déverrouillera les portes de nouveaux passionnés. Lorsque l’on écoute « Viens avec moi », on se retrouve à la croisée de mondes entre rock, shoegaze, résidus de black metal et musique progressivement ténébreuse, JOURS PALES évolue et se fiche de vos pensées car sa musique n’a plus vraiment d’égal, plus vraiment d’univers, et se suffit à elle même, possédant enfin sa propre « résonance »...



Arch Gros Barbare

13/04/2026