A la découverte de STORTREGN


03 mai 2022

A la découverte de Stortregn...

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Trop d’internet, trop de groupes, trop de réseaux sociaux, trop de sites internet, trop de vidéos, voilà comment tourne le monde depuis le tout début des années 2000. Et à cause de ça, certaines scènes européennes ou américaines ne misent que sur la production ultra puissante, propre insipide, sans doute par manque d’inspiration ; et d’autres ne misent que sur l’aspect massif, compact, étouffant, sans vie. Pendant ce temps là, plusieurs scènes, asiatique, sud-américaine, russe et du moyen orient, écrivent des albums ultra roots, avec des trains de retard parfois (mais en même temps, des trains en retard, c’est la norme depuis bien longtemps...), mais tellement authentiques et représentatifs de l’état d’esprit des années 80’s. Il y aussi du revival à foison, en série, qui vient fausser la donne et saturer la sauvagerie….Du coup, on passe à côté de tellement de groupes qui, dans les années 90’s, auraient encore fait la une de la presse écrite, celle-là même qui disparaît petit à petit.

Pas d’« ok boomers », pas de « c’était mieux avant », mais avant n’étiez-vous pas heureux en regardant dans le rétroviseur aujourd’hui ? Refléchissez-y, n’étiez vous pas heureux pour les quarantenaires et pour les trentenaires ne regrettez-vous pas les 90’s ? Quand aux plus jeunes, demandez-vous pourquoi vous allez souvent rechercher tous ces vieux groupes...En y repensant, n’étiez vous pas plus heureux, pour ne pas dire simplement heureux, avant ?

Heureux de découvrir, heureux de chercher, heureux de rencontrer de manière incongrue et tellement rare d’autres chevelus, d’autres hardos, heureux de rigoler à un concert avec les copains, heureux de dénicher après des heures, des jours, des semaines, que dis-je, voire des mois d’investigations, la perle rare, le groupe qui ne change rien, mais qui change tout , celui dont on sait qu’il a la plume sacrée, parce que ce qu’il compose n’a rien d’innovant, mais sa sauce personnelle est subtile, suprême et délicieuse.


On passe donc aujourd’hui tellement facilement à côté de chefs-d’œuvre de la musique extrême, on passe à côté de véritables découvertes fracassantes, on passe à côté de bonnes musiques tout simplement... On passe à côté de groupes tels que STORTREGN. Et c’est comme ça, ou à cause de tout ça, que ma relation avec la musique de STORTREGN s’est déroulée ainsi. Du moins après les deux premiers albums.

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Bien sûr les suisses ne viennent pas des années 80’s, mais après, l’underground n’est pas uniquement ancré dans une seule époque, loin de là !!

Pourtant dans un wagon qui en ce temps-là était encore accroché à la locomotive, STORTREGN avait sorti un mini très pertinent, « Devoured by oblivion » en 2008 ( et pourtant je ne l’ai découvert que bien plus tard), qui faisait suite à leur première démo. Et parce que les Suisses de STORTREGN aujourd’hui ont 17 ans d’existence et cinq albums fabuleux à leur actif, il serait temps de jeter une oreille dessus, tu verras, ça ne sent pas le plastique.

C’est avec un black/death qui a toujours été aussi mélodique, mélancolique, violent et agressif, que STORTREGN a suivi une ligne directrice ultra riche et ultra inspirée, même après son virage contrôlé.

Les premiers pas comme on pouvait l’écouter sur « Devoured by oblivion » rappellent les atmosphères des groupes de black/death mélodique du début des 90’s, on citera à plusieurs reprises Dissection, parce que c’est vrai que sur « Devoured », il y a pas mal de passages qui rappellent les suédois et « Where dead angels lie »(qui sera une ombre qui les suivra assez longtemps d’ailleurs) pour n’en citer qu’une, mais aussi des groupes comme Gates of Ishtar ou encore A Canorous Quintet.



Voilà l’univers de STORTREGN, enfin l’univers de STORTREGN des années 2008 à 2013 tout du moins ! Parce qu’après le mini, c’est devenu plus violent et ça ira crescendo, sans dévaloriser ce Ep, et c’est ce qui est justement grisant.

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Du coup, en 2011, comme je le soulignais, la signature avec Great Dane Records, était forcément la bienvenue. C’est à ce moment là que j’ai découvert le groupe en fait, en chroniquant pour French Metal, entre autres. A cette époque, Great Dane Records signait quelques bons albums notamment AGNOSYS avec « Alterations », ou encore RECUEIL MORBIDE avec « Only hate left », mais surtout le premier album de STORTREGN « Uncreation ». Chose à noter, le groupe cherchait « peut-être » encore son logo, car celui qu’on pouvait apercevoir sur leur démo de 2007, n’avait pas été mis en avant (puisque simplement au dos du livret) et la police d’écriture basique des deux premières productions, était donc encore là, discrète, mais là, sur ce premier album.

Un premier album , qui posera les bases dans le cercle de ceux qui ont fait des albums signés. Et en 2011, c’était encore un tout petit peu quelque chose de pratique pour beaucoup de groupes underground. STORTREGN reste sur les repères qu’il avait placés déjà haut la main avec « Devoured by oblivion », mais sur beaucoup de morceaux le groupe accélère la donne, devient plus violent, plus puissant, et du coup l’album s’en ressent. « Uncreation », est déjà un très bon album, le premier, forcément, avec ses défauts, mais vraiment un bon album...peut-être un peu court.

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Deux ans plus tard, viendra l’excellent « Evocation of light », toujours chez Great Dane Records, plus affiné, pour fouillé, plus détaillé. Avec d’abord un titre typiquement ancré dans le black/death mélodique suédois, mais aussi une pochette signée Necrolord (Cemetary, Bathory, Dissection, Sacramentum, Dark Funeral, Emperor, Tiamat, Desultory et tellement d’autres…), qui donne à cet album , au-delà de sa musique, une prestance et une noblesse inégalable, et le hisse au rang de ses propres influences. Leur black/death prend une tournure un peu plus death metal, pour suivre peut-être quelque part la voie du death melo de Goteborg, sans citer de nom, car vous savez qui ils sont.

C’est un album qui adore les arpèges, qui sublime les passages acoustiques et nous donne, sans jamais perdre de son aération et de sa vitesse enclenchée déjà au premier album, la possibilité de savourer entièrement le potentiel du groupe.

C’est à partir de ce moment là, que STORTREGN confirmait incontestablement qu’il était un grand groupe dans sa manière d’écrire des compositions.

J’avais pris deux bons coups derrière la nuque avec ces albums, et étrangement, (là encore, on en revient à la saturation malencontreuse de la scène, et du fait que j’écoute tellement de courants « dits metal » différents, que ce soit du hard rock au grind core) pendant un long moment, je n’ai pas suivi en continu ce qu’a fait le groupe par la suite, et je le regrette amèrement. Pourquoi ? Car il est toujours plus savoureux de suivre pas à pas un groupe que de reprendre un train (encore lui) en marche. Le temps ne se rattrape jamais…

Mais tant pis, c’est ainsi et on ne peut pas tout suivre en temps réel, et l’important ici c’est de découvrir la discographie de STORTREGN, « quoi qu’il en coûte » (surtout que le troisième album est difficilement trouvable aujourd’hui).

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En toute logique, car il était peut-être aussi difficile de faire rapidement mieux que « Evocation of light », son successeur ne viendra que trois ans plus tard en 2016.

Etrangement « Singularity » sorti chez Non Serviam Records, label néerlandais de black/death principalement, est devenu aujourd’hui ultra difficile à trouver. Sans doute qu’une réédition, ne serait pas inutile, pour éviter de voir des prix exorbitants occuper l’espace numérique.

En tous les cas, avec ce « Singularity », STORTREGN, propose une fois de plus un black/death très mélodique, technique. Mais alors que l’album précédent avait laissé le côté death prendre l’ascendant, ici le groupe remet les pendules à l’heure et l’équilibre redevient stable, puisque le black metal reprend ses aises. Rien de nouveau pour cet album, encore et toujours une qualité sans faille, des titres émotionnellement délicieux avec des harmonies qui n’ont jamais fait aucune ombre à une noirceur peut-être plus présente sur les compositions de cet album. C’est l’album de la maturité, l’album où STORTREGN, s’asseoit sur un trône pour montrer qu’il n’est pas un groupe occasionnel, mais bel et bien un groupe de musiciens chevronnés et passionnés où la musique passe en priorité. C’est l’album qui n’avancera pas par rapport à « Evocation of light », mais qui confirmera la personnalité du groupe.

Comme pour Great Dane Records, STORTREGN, restera deux fois chez Non Serviam Records, et sortira deux ans plus tard le terrible et indispensable « Emptiness fills the void ». Pour cet album, il y aura un changement, ou plutôt un remaniement de line-up. Duran, passera de la basse à la guitare, Manuel Barrios, viendra à ce moment là occuper la basse à titre définitif, étant toujours là actuellement, et enfin Romain lâchera la guitare, pour ne s’occuper exclusivement que du chant.

Et cette nouvelle fonction, fera que l’on remarquera largement le changement sur les lignes vocales, où les growls plus travaillés dans les graves et les aigus seront légion, et même des passages un peu plus parlés, sans tomber dans le n’importe quoi de tellement de groupes de « pop metal ».

Et sur la musique elle-même, STORTREGN, avec ce remaniement, proposera avec ce nouvel album une nouvelle galaxie que le groupe explorera jusqu’aux confins du prochain univers.

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En effet, même si la comparaison ne peut avoir lieu, on se rend compte en écoutant ce nouvel album de STORTREGN, que c’est la première fois que leurs amours envers des groupes tels que Obscura , Gorod, ou encore Revocation ressortent vraiment dans leur musique. C’est la réelle innovation, ce changement de cap que l’on discerne sur ce nouvel et divin album, la technique et la virtuosité prennent le dessus sur le black et le death mélodique, certainement dû à cette écriture devenue maintenant collective.

Et le sempiternel son toujours aussi puissant , œuvre de Vladimir Cochet, n’a jamais failli.

STORTREGN s’engouffre dans des mélodies tantôt aux contours de musique néoclassique, et tantôt vers quelque chose de plus stellaire, de plus sidéral ce qui habituellement est l’apanage des groupes de death technique pur.

D’ailleurs, sans doute est-ce aussi la raison pour laquelle la pochette (signée bien évidemment Dan Seagrave) est elle aussi différente, plus futuriste que passéiste.

Plus mélancolique, peut-être plus moderne, plus froid et glacial aussi, dans le sens de certains mouvements, tels que ceux des Mors Principium Est (avec un death metal mélodique autrement différent), STORTREGN trace sa route.

Plus technique et noble, STORTREGN propose maintenant un death plus proche de groupes tels que Obscura.

C’est donc à partir de ce moment là que STORTREGN impose son changement musical, et prend un virage extrêmement bien contrôlé qui donne à sa musique une continuité naturelle.

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La chrysalide étant terminée, le groupe pouvait donc, suite à « Emptiness fills the void », poursuivre sa nouvelle voie, en prenant son temps d’ailleurs puisqu’ avant de sortir « Impermanence », nous avons eu droit à une petite étape de réédition, avec en 2020, celle de « Evocation of light ». D’abord sortie en vinyle en 2019, par Non Serviam Records, on a pu par la suite profiter d’une réédition remasterisée de l’album avec deux titres en bonus « Meanders of the night » et « Greeting Immortality », reprise d’Eucharist (hasard ? Je ne crois pas) où Manuel, a forcément, fait la basse puisqu’il était le nouveau bassiste.

Réédition utile pour ces petits bonus intéressants.

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Et enfin trois ans après leur dernier album, vint « Impermanence ». Nouvelle signature, nouveau label, et quoi de mieux que le label américain The Artisan Era, spécialisé dans les groupes de death technique et de death prog. Et pour cela, une multitude de déclinaisons s’offre à vous depuis plus d’un an, toutes plus belles les unes que les autres. Un artwork, encore une fois sublime, proche d’un Dan Seagrave mais signé en fait Paolo Girardi qui amène dans un autre ton de couleur, la force, la technique et la puissance de STORTREGN.

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Encore plus loin, encore plus vertigineux, sans doute plus prog indubitablement, avec une folie proche de celle de Gorod en de multiples endroits, « Impermanence » est l’ultime album du groupe, jusqu’à sans doute le prochain, car il en est ainsi depuis toutes ces années pour ce groupe suisse. STORTEGN n’est plus influencé, STORTREGN est devenu STORTREGN.

La richesse de leur musique, l’aspect mélodique, mélancolique, cette rapidité, ces guitares si profondes et cette ascension vocale qui n’a eu de cesse de grimper continuellement dans une ouverture si astronomique, ce travail acharné sur chaque album, font de ce groupe, un groupe ultime et même en 2022 il bute tout dans sa catégorie.

Oui, cette « branlette » de manche en aura fait fuir quelques uns, mais la différence avec STORTREGN, c’est que l’on ingurgite tous les morceaux chaque fois, sans difficulté grâce à des harmonies, des mélodies et du tabassage réglementaire malgré tout.

Alors peut-être que ça va vous en toucher une, sans faire bouger l’autre, mais STORTREGN, pour les amoureux du black/death mélodique , et du death tech mélodique , mérite votre attention, mérite que vous alliez à sa découverte, au moins, pour ensuite en faire vos propres conclusions.
Mais jetez-y une ou deux oreilles attentives, il devrait y avoir un album qui vous plaira.

03/05/2022

Arch Gros Barbare

Liens:

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