CARNET DE CONCERT -CRADLE OF FILTH / ALCEST le 19/10/2022 Le Bikini Ramonville (31)


21 octobre 2022

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Le temps qui passe érode nos corps et parfois même notre esprit, mais la musique aussi immatérielle soit elle, permet toujours de laisser capter son essence.

Et au beau milieu du chaos actuel, elle permet encore d’offrir à l’âme l’énergie vitale nécessaire pour simplement bouger son gros postérieur de feignasse qui a bien vécu, à 200 bornes de la caverne, afin de se faire plaisir dans tout ce merdier, en assistant dans une salle confort :

-D’abord à un concert d’un groupe où la poésie et la délicatesse d’un shoegaze post-black metallique sont fusionnelles.

- Mais ensuite à un concert des maîtres de la musique sombre vampirique et théâtrale depuis plus d’une trentaine d’années connaissant des rebondissements de toutes sortes.

Bref, en emportant dans la musette un autre ancien de la musique extrême bordelaise qui a joué dans Fenris, on est parti vent du cul dans la plaine, en direction du Bikini à Toulouse pour rêver comme des fillettes avec ALCEST et se prendre pour Lestat avec CRADLE OF FILTH.

Presque deux heures de route, avec un tarif à la pompe dépassant les deux euros, et un péage autoroutier qui ressemble maintenant à la dime ou la gabelle, rien ne pouvait prévoir une arrivée dans de bonnes conditions.

Mais ce fut chose faite.

Le Bikini a toujours ce côté pratique d’être en sortie d’autoroute, pour qu’on évite de se taper de la ville.

Ensuite cette salle est vraiment sublime, mais surtout son acoustique est vraiment géniale, et son bar en fond et ses deux accès escaliers pour aller à l’étage/balcon aussi. Ceci-dit c’était fermé, parce que CRADLE OF FILTH et ALCEST n’ont pas fait salle comble. Il y a avait du monde, certes, mais comparé à ce que peut proposer la salle, on était loin du sold out.

Pas grave, le but est de passer une bonne soirée au milieu d’un public de Cradeliens et d’Alcestueux. Parce qu’à l’instar de celui de Metallica , il ne semble pas y avoir trop de metalleux ouverts à tous styles, et du coup, les gothoctones et la blackosphère étaient là. Public cependant très amical, chaleureux et souriant. Bizarrement, il y avait toutes les générations, comme quoi CRADLE OF FILTH est intemporel et onirique.

Les portes s’ouvrent à 19h30 et le premier groupe qui fait office de petit canapé propose de faire bouger le public quelques minutes plus tard. L’égoût et les humeurs étant différents chez tout un chacun, au bout de dix ou quinze minutes, nous sommes allés poser nos carcasses à la table la plus proche du palmier, avec un peu de houblon bien évidemment. Vieux mais pas cons !

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Enfin , ce fût le tour d’ALCEST. Neige et son projet, aujourd’hui loin de Ames Soeurs ce groupe est devenu le digne représentant de la musique shoegaze post-black française. Depuis leur Ep « Le secret » sorti en 2005 , puis la transformation, avec « Souvenirs d’un autre monde » sorti en 2007 , ils n’ont eu de cesse d’évoluer , de progresser et de proposer avec leurs six albums , un univers à part, un univers spirituel, poétique et totalement personnel.

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Sept titres ont été joués, alors bien évidemment, ce n’était pas une soirée à circle pit, mosh pit, stage diving, et autres pogos , mais la beauté musicale des titres d’ALCEST a capté toute l’attention du public du début jusqu’à la fin .

...Bref. ALCEST a joué trois titres de son dernier album « Spiritual Instinct » qui date de 2019, superbe et magistrale interprétation, et l’on sentait l’envie de redonner au public ce qu’ils n’avaient pu faire depuis un moment, puisque Neige, derrière ses montagnes de timidité remerciera le public d’un manière touchante indiquant que depuis le covid, cela faisait deux ans qu’ils n’avaient plus joué : « Les jardins de minuit » - « Protection » - « Sapphire »

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Quant au reste du show nous auront droit à un petit panel des albums précédents avec « Ecailles de lune II », « Autre temps » , « Oiseaux de proie » et « Delivrance » respectivement issus des quatre albums précédents. C’est avec noblesse et solennité qu’ALCEST termine son show sur « Delivrance » qui mettra le public à genou émotionnellement tandis que lui se mettra réellement à genou sur la scène, afin de faire perdurer l’instant ; un instant mirifique.

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Avant d’assister à l’ouverture des portes de l’enfer , une petite (voire grosse) IPA s’est imposée d’elle même, l’abreuvoir n’étant pas loin, il eut été dommage de s’en priver.

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Plus de trente ans d’existence pour les anglais, bien sûr que ça peut paraître futile, mais c’est une longévité remarquable pour ce groupe où il ne reste plus que Dani comme membre originel.

Mais peu importe, car Martin Skaroupka est aux tambours depuis seize ans déjà, Marek Smerda à la guitare depuis dix ans et Daniel Firth à la basse également.

Cependant, dans tout ce turn over perpétuel, les derniers arrivants sont Donny Burbage de Aether Realm à la seconde guitare et Zoe Marie Federoff au chant féminin et aux claviers qui a très bien interprété « Nymphetamine » dans la soirée.

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C21.jpg (58 KB)Donc nouveau line-up, et tournée européenne pour Cradle Of Filth qui passe par Toulouse. Rien à dire sur les balances et le son, car même le profane qui ne connaissait aucune chanson pouvait allègrement comprendre les subtilités orchestrales, les accélérations brutales et le chant suraigu de Dani qui a maîtrisé sa tessiture tout au long du concert avec un charisme démoniaque.

Promotion du dernier « Existence is futile » oblige, c’est avec « le poids du monde sur nos épaules » que l’on découvre le début du show pour poursuivre très rapidement avec « Existential terror ».

C’est alors qu’on s’est dit que CRADLE allait se faire l’intégralité du dernier album, pour plus de facilité, mais non. Il fallait, et heureusement revoir le passé avec « Nocturnal supremacy » morceau de 96 tiré du Ep « Vempire... » mais aussi dans sa version d’origine sur the original sin de « Dusk and her embrace ».

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La température est montée très rapidement et les vestes sont tombées, et le groupe s’est payé un tour quasi complet de ses albums avec « I am the thorn (Thornography )», « Nymphetamine » que tout le monde connaissait par coeur bien évidemment, tout en parsemant le parcours de titres récents avec « Crawling king chaos » du dernier album.

C14.jpg (66 KB)Une présence scénique inéniable, un son parfait des lumières infernales, CRADLE OF FILTH dominait la scène pendant que le sol s’ouvrait sous nos pieds. Succubes et démons de toutes sortes , venaient arracher les âmes pieuses qui s’accrochaient pour ne pas chuter dans les limbes de cette musique chtonienne. Le grimage parfait pour Monsieur Filth, avec un soupçon d’Hellraiser pour les tenues et celui de Marek « Ashok » qui jouait d’une manière disloquée.

Chef d’oeuvre mis en avant, « A gothic romance » a pulvérisé le public, parce que l’indétronâble « Dusk and her embrace », est un must. Et juste après ce fut l’orgasme intense avec « Scorched earth erotica » qui n’avait pas pris une ride, mais que seuls les puristes pouvaient se rappeler.

CRADLE OF FILTH embrasaient cette foule venue pour eux, ils dominaient la scène et se mouvaient comme des démons sans vergogne, tandis que des feux d’artifice faisaient leur apparition toutes les trois ou quatre chansons.

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Encore une fois c’est un titre du dernier album « Us, dark, invicible », qui a rajouté plus de profondeur et de théatralisme dans cette setlist pourtant déjà apocalyptique. Parce que « Existence is futile » est une réussite totale en studio, mais prend une dimension et un relief imposants en concert.

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C23.jpg (59 KB)Légère pause, avant d’entamer le rappel, tout le monde appelle Dani, tout le monde en veut encore plus, et c’est avec pas moins de cinq titres que CRADLE OF FILTH, remplit la salle de sa crasse, en enchainant « Venus in fear », « Desire in violent overture » de « Cruelty and the beast », l’incontournable « Necromantic fantaisies » titre phare du dernier album, la non moins célèbre « Gilded cunt » , morceau brutal de « Nymphetamine » dont tout le monde chantera le refrain.

Et pour finir , le groupe a servi sur un plateau ensanglanté, l’ultime « Her Ghost in the fog », tiré de « Midian ».

CRADLE OF FILTH n’était pas là pour faire dans la dentelle ni pour balancer ses morceaux les plus gothiques mais bel et bien pour faire honneur au meilleur de leur discographie, et pour terminer en s’adressant à ses victimes et leur disant qu’ils étaient CRADLE OF FILTH, et qu’on allait toujours s’en rappeler.

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Et l’avantage de ce genre de dates adaptées pour les EHPAD , c’est qu’en commençant tôt et à l’heure , à 23h50 on pouvait plier les gaules et rentrer paisiblement dans la Comté.

Magnifiques prestations de ALCEST et CRADLE OF FILTH , qui ne font pas regretter les kilomètres parcourus.

Arch Gros Barbare

21/10/2022