CONVICTION -Interview- 02/05/2021


09 juin 2021

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Le Doom, ce style si particulier, si fort en émotion, si puissant, si pesant et tellement sombre... Si la planète entière contient de véritables légendes par delà les océans, en France, nous sommes plus discrets, plus méfiants peut-être.
Pourtant, certains grands noms sont issus de notre hexagone si cher à notre âme.
Dans les sorties récentes, avec les girondins de Carcolh, CONVICTION maintient le niveau plutôt très haut. Mais pas étonnant vu les vieux briscards de la musique extrême qui jouent dedans. Un premier album (enfin) sorti chez Argonauta Records, espèce de boîte de Pandore de la musique Doom, cet album est à goûter comme la première pomme de l'humanité.
Si vous ne connaissiez pas, découvrez et appréciez...

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Salut, alors pour commencer, voici une question qui me turlupine : création du groupe 2013 et premier album en 2021 ; pourquoi tout ce temps ? C’est tout simplement énorme pour des musiciens de votre expérience ? Même si l’on peaufine, même si certains sont arrivés plus tard bien évidemment. CONVICTION était quoi au départ, juste un passe-temps qui a pris de l’importance, qui a donné envie d’aller plus loin ?

Rachid : Salut à l’équipe de Cabale ! CONVICTION a commencé comme un one-man band par Olivier et la métamorphose en véritable groupe s’est opérée en fin 2017. Dès lors, nous avons conjugué nos efforts pour enregistrer et jouer live, mais il est vrai que cet album a mis du temps à sortir et nous en sommes coupable ; c’est le souci lorsque tu gères un enregistrement de A à Z et que tu n’es jamais satisfait !

Olivier : Pendant toutes ces années, TEMPLE OF BAAL était ma priorité absolue, CONVICTION, en tant que one man band, passait après. Mais je composais. Puis est venu le moment où j’ai senti que j’avais fait plus ou moins le tour du black metal, et c’est alors que CONVICTION est devenu mon projet principal. Mais tu sais, la maturation en aura été encore plus longue qu’il n’y parait puisque la volonté de créer un groupe de heavy doom remonte pour moi aux années 90 ; je n’avais juste pas trouvé les bons musiciens pour le faire à l’époque. Je savais néanmoins que j’allais concrétiser le projet un jour, il fallait du temps. Nous aurions cependant pu être plus rapides entre la formation du line up et la sortie de l’album mais le destin en a décidé autrement ; c’est la vie !

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Alors dans ce cas, qu’est devenu CONVICTION aujourd’hui pour chacun d’entre vous peut-être, qu’est-ce qui vous manquait dans vos multitudes de groupes que vous avez trouvé chez CONVICTION ?

Olivier : Les groupes dans lesquels je jouais jusqu’alors ne me permettaient tout simplement pas d’exploiter cette palette d’influences. Le doom, c’est un tout, une atmosphère, un type de riff, un son particulier. On peut faire un passage doom dans un morceau de black metal, mais ça n’apportera qu’une couleur musicale à un moment donné dans un morceau. J’avais envie d’un groupe vraiment doom à 100%, pas juste d’intégrer une influence à un projet déjà existant. Et puis, ça n’aurait tout simplement pas collé à TEMPLE OF BAAL.

Rachid : CONVICTION est un véritable groupe. Tout le monde est hyper impliqué et je peux te dire que c’est aussi une solide amitié. Je crois énormément en notre musique, et je pense que nous la pratiquons avec maturité et sincérité.

Fred : Pour ma part, la motivation de départ, c’était le plaisir de jouer avec des potes une musique dont je n’explore pas forcément les facettes old school avec mes autres groupes, et en plus, se sont ajoutés des challenges super intéressants : ça devait faire plus de 20 ans que je n’avais pas chanté une note dans un groupe par exemple, je redoutais un peu ça, mais au final, c’est devenu une composante super intéressante dans CONVICTION que je ne fais nulle part ailleurs !

Le line-up « définitif » est finalement arrivé sur le tard, comment cela s’explique ? D’ailleurs, peut-être est-ce que je m’avance en disant définitif ?

Olivier : Comme je le disais, pendant longtemps, ma priorité musicale absolue a été TEMPLE OF BAAL. La gestion du temps étant ce qu’elle est, il m’était impossible de mener deux groupes de front. J’ai continué TEMPLE OF BAAL jusqu’à épuisement de l’étincelle créatrice, et à raison, nous avions tout de même une vie de groupe assez agréable. Nous avons sorti des disques qui ont été bien reçus, avons fait des concerts jusqu’au Canada... Mais l’inspiration m’ayant quitté, je n’ai pas jugé pertinent de me forcer alors que CONVICTION était en train de bouillir dans mon esprit. Il aura fallu le tribute à CATHEDRAL pour que je me décide à franchir le pas, en recrutant un line up complet... Et là, nous n’étions plus dans les années 90 ; je savais clairement qui appeler !

Le chant d’Olivier est totalement libéré et old school sur cet album. Est-ce que c’était une priorité de pouvoir exprimer différemment des lignes vocales, non seulement chantées par rapport à tes autres projets, mais surtout libres de tout code, de toute pression ou conduite par rapport à un style, quelque chose qui représente plus les années doom 80/90, je ne sais pas, qu’en est-il ?

Olivier : Je voulais que les vocaux de CONVICTION soient chantés. J’en ai assez des vocaux hurlés et growlés. J’ai fait ça pendant 25 ans, ça me suffit. J’ai aussi chanté dans ma vie, mais jamais assez à mon goût, dans des chorales par exemple. Là, j’ai senti qu’il était temps de me lancer à fond. Et les influences de CONVICTION étant situées du côté de groupes comme SAINT VITUS et PENTAGRAM, la voix chantée était une évidence, même si c’est vrai que CATHEDRAL est aussi un pilier de la création du groupe. Mais même Lee Dorrian s’est mis à chanter, à sa manière.

Rachid, toi qui es death metal vraiment beaucoup mais qui varies les plaisirs avec MOONSKIN, CONVICTION est peut-être né en même temps que MOONSKIN, est-ce que le doom est un style qui te permet de freiner ton envie de brutalité, de vitesse ? Est-ce qu’il y a un parallèle de vie finalement entre les deux groupes MOONSKIN et CONVICTION pour toi, et finalement le doom représente quoi pour toi ?

Rachid : j’ai toujours été très éclectique dans mes groupes, je crois vraiment qu’un musicien évolue et grandit en jouant avec des personnes différentes dans différents styles. Les membres de CONVICTION sont de la même génération ; on a tous écouté les mêmes choses à savoir les classiques du metal, la période rock alternatif pour certains puis la vague de metal extrême, et donc on a tous forcément eu un contact avec le doom à un moment ou un autre. Pour moi, c’était dans les 90’s, lorsque j’ai découvert et adoré les Peaceville Three (PARADISE LOST, ANATHEMA et MY DYING BRIDE). Je me suis intéressé tout de suite aux groupes qui les ont inspirés, découvert SAINT VITUS, CANDLEMASS, TROUBLE, CATHEDRAL et bien entendu l’adoration à BLACK SABBATH en tant que créateur du heavy metal et qui a posé les fondations solides pour cet attrait au style. Hasard du destin ou étape de la vie, j’ai eu la volonté de créer mon groupe de doom, MOONSKIN, à la même période où Olivier a créé CONVICTION. Nous avions probablement besoin d’exprimer des choses à travers le doom, ce style qui nous est très cher. Ce qui est d’autant plus cool, c’est que les deux groupes sont très différents et ont des sensibilités propres. Je ne pense pas que cela fasse doublon pour ceux qui nous suivent !

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Vous officiez ou avez officié tous dans des groupes connus et reconnus tels que TEMPLE OF BAAL, ANTAEUS, ATARAXIE, BRAN BARR, MOURNING DAWN, MOONSKIN, CORROSIVE ELEMENTS... Est-ce que c’est tout d’abord une histoire d’amitié ? Et en fait juste l’envie d’entériner cette amitié par la musique ? S’il n’y avait pas toute cette crise, auriez-vous le temps avec vos plannings respectifs de réellement défendre sur scène cet album qui semble être accepté un peu partout d’ailleurs ?

Rachid : CONVICTION est très important pour nous, nous croyons en notre musique et notre amitié en est le mortier. Si la situation sanitaire ne nous a pas permis de le défendre sur scène, je peux te garantir que nous serons très actifs scéniquement, dès que cela sera possible.

Olivier : C’est d’abord une histoire d’amour pour le doom ! La musique était composée avant de monter le line up, donc je ne pense pas que CONVICTION entérine quoi que ce soit, mais c’était effectivement plus facile pour moi de faire appel à mes potes, dont je savais qu’ils étaient amateurs de doom metal à l’ancienne.

Fred : Pour moi, oui c’est bien sûr une histoire d’amitié, mais il n’est pas question de faire CONVICTION en dilettante. Pour le moment, nos différentes dates ne se sont jamais chevauchées avec un quelconque de mes autres groupes, et j’espère très sincèrement emmener CONVICTION sur les mêmes routes que j’ai déjà empruntées avec ATARAXIE et FUNERALIUM. Ça serait tellement bon d’ailleurs de pouvoir jouer plusieurs sets avec mes différents groupes dans un même concert ou festival ! Je suis assez boulimique de ce côté-là !

CONVICTION est définitivement doom, de la tête aux pieds, mais même si le tout reste sombre, on y ressent des différences certaines dans le type de doom en fonction des chansons, comme si l’album avait été écrit depuis longtemps sur plusieurs années, contenant des envies de doom différents, je veux parler de heavy/doom, de trucs plus épiques et même des choses plus groove. Alors est-ce que l’on est proche de la vérité en disant que CONVICTION synthétise un peu dans cet album différentes époques du doom ?

Olivier : Oui, l’album a effectivement été écrit sur plusieurs années, et c’est vrai qu’il y a un assez gros cocktail d’influences au final, mais j’ai l’impression que le tout est quand même unifié par le son, par le chant... Et puis, cela évite de tomber dans la linéarité et la répétition. Si au bout du troisième morceau, tu entends déjà la même chose et en gros tu as compris l’album d’avance, c’est qu’il y a un problème.

Il aura fallu deux ans à Frédéric pour enregistrer et mixer l’album, alors oui, lenteur doom, mais surtout manque de temps ou perfectionnisme exacerbé ?

Fred : Houlala, « c’est compliqué », mais on peut dire que le perfectionnisme exacerbé a joué un grand rôle ! Je dirais qu’il a bien été mixé quatre ou cinq fois, et avec cette volonté permanente de rester le plus authentique possible. Il arrivait qu’à un stade « avancé » d’une version du mix, une partie se retrouve intégralement enregistrée, car nous refusions de « tricher » avec les outils numériques à notre disposition. Si on rajoute à ça que c’était vraiment le premier album de niveau « pro » sur lequel j’ai eu à travailler du stade des prises jusqu’au mixage (d’habitude, je fais les prises avec mes autres groupes pros, mais on délègue le reste à des pointures comme Sylvain Biguet par exemple), les obligations à côté et autres facteurs perturbateurs… Il a fallu le premier confinement pour qu’enfin tout soit mixé et approuvé par l’intégralité des membres du groupe. En tous cas, j’en ai tiré quelques leçons, la première étant qu’il ne faut jamais négliger l’étape de préproduction de l’album. On est parti la fleur au fusil faire nos prises, quelques jours seulement après la première répète en groupe complet, en pensant sortir l’album quelques mois ensuite, et finalement nos standards exigeaient beaucoup plus que ça.

Qu’est-ce qui a été le plus long à réaliser pour cet album finalement ?

Olivier : L’équilibre des fréquences entre instruments, et pour moi, le chant, dont je n’étais pas satisfait et que j’ai refait intégralement.

Fred : Le chant a été la partie la plus difficile. Il y a un tas d’outils qui permettent de corriger plus ou moins discrètement les imperfections, mais c’est souvent au prix de la perte de la personnalité de la voix. Olivier a beaucoup charbonné pour en arriver au résultat final, ça n’a pas été de tout repos… Mais ça valait le coup !

Le doom français est-il selon vous aujourd’hui, ces dernières années, devenu une scène vraiment florissante, plus fournie que dans les années 90’s, parce qu’on a la sensation que certains noms doom arrivent aujourd’hui plus facilement aux oreilles des amateurs, mais est-il vrai que cette scène s’est pas mal développée en France depuis les 90’s ?

Olivier : Dans les années 90, la scène doom française existait mais n’intéressait que très peu de monde... Des groupes comme DARK WHITE ou RISING DUST ont sorti de très bonnes choses. Il y a surtout eu un développement côté doom death avec ATARAXIE, DESPOND, GARDEN OF SILENCE, ou gothic doom avec des groupes comme ANTHEMON... Le doom trad existait mais c’est vrai qu’il remportait moins les suffrages.

Rachid : La scène doom française est très active, en bonne santé, et il y règne une vraie camaraderie. Le doom jouit d’une meilleure appréciation aujourd’hui et c’est bénéfique, cela encourage de plus en plus de groupes à se revendiquer de cette mouvance, même si les sensibilités sont différentes, c’est ce qui fait la richesse de notre scène.

Fred : Pour ma part, ça fait donc 20 ans cette année que j’en suis partie prenante et actif, et je suis vraiment ravi que cette scène se soit développée ! Et en plus, elle est, à l’image des groupes metal en France, totalement éclectique avec beaucoup de groupes à très forte personnalité. Je ne la trouve pour le moment pas encore suffisamment représentée à l’étranger, mais je sais que ça n’est qu’une question de temps.

Les noms du doom français actuel pour vous ?

Olivier : ATARAXIE, MOURNING DAWN, MONOLITHE, BARABBAS, CARCOLH, DIONYSIAQUE, FATHER MERRIN... Il y a tout de même une sacrée scène.

Et pourtant vous avez signé sous un label italien ?

Olivier : Je connaissais un peu Argonauta Records, je savais que le boss était sérieux et à fond dans toute la scène stoner, sludge et doom, et qu’il avait l’habitude de travailler avec les acteurs de cette scène. De plus, j’étais en contact avec certains groupes signés chez lui, et tous étaient d’accord à propos de son professionnalisme et son honnêteté. Il est également musicien lui-même et sait ce qu’il peut promettre ou non aux groupes, c’est important à mon sens. Je n’ai pas eu d’hésitation, il fait partie des premiers labels que j’ai contactés et il a été le premier à me répondre, très enthousiaste. C’était donc logique. Nous nous sentons très bien chez Argonauta Records, nous verrons ce que la suite des événements nous réserve, mais pour l’instant depuis le début de notre collaboration, tout me confirme que j’ai fait le bon choix !

Pas même un instrumental sur votre album, hormis l’introduction, ce prologue qu’est « Affliction » ; l’envie ne vous a pas chatouillés, vu que le temps ne vous était pas compté ?

Olivier : Franchement, je n’y ai même pas pensé. Le doom pour moi, ça se chante. Après on ne s’interdit rien, si un jour on a envie de faire un instrumental pourquoi pas, mais ça restera exceptionnel.

Pour terminer, si l’on pouvait faire un petit tour de vos projets et groupes respectifs, savoir où ça en est dans toute cette chienlit, et en profiter pour vous remercier d’avoir répondu à ces quelques questions !

Rachid : Pour ma part, CORROSIVE ELEMENTS sort un album live avec en bonus le premier E.P. de 2008 qui est désormais sold-out, un amuse-gueule pour faire patienter pendant que l’on finalise l’écriture du nouvel Album.

MOONSKIN a débuté la composition du second album ; je prépare également la sortie du Mini Cd de SWAMP TERROR (horror death metal, old-school) qui devrait sortir en mai 2021. Je participe également au groupe UNNAMED SEASON (dark folk, medieval) projet d’Olivier et son épouse, avec Vincent à la basse. Et je trouverai surement le temps de faire d’autres choses encore !

Fred : Du côté d’ATARAXIE, 2020 nous a coupé l’élan au moment où nous devions continuer à promouvoir « Résignés » sur scène, nous avions de beaux projets de concerts et tournées qui ont été remisés à plus tard. Du coup, on écrit de nouvelles chansons, des squelettes sont maquettés et donc malgré l’éloignement, nous avançons sur le prochain album. FUNERALIUM a réussi à passer entre les gouttes entre deux confinements pour enregistrer un album en 2020, il s’appelle « Decrepit » et sortira en juin de cette année. Nous aurons également un titre dans la prochaine compilation « We are french, fuck you ! ». MOURNING DAWN a sorti son nouvel album, « Dead End Euphoria » il y a peu, on ne m’entend pas sur l’album, enregistré par Fabien l’ancien guitariste, mais je suis du line up live… Donc, quand les concerts reprendront, j’irai défendre cet album sur scène. STABWOUND, mon groupe de death old school, est toujours en train d’enregistrer son album : il y a un gros chat noir qui pèse sur cet enregistrement, chaque étape est difficile… Mais j’ai bon espoir qu’en 2021, on arrive à sortir cet album !

Olivier : CONVICTION est dorénavant ma priorité. Pour le reste, on verra, je n’ai à l’heure actuelle, plus aucune inspiration pour composer du black metal, ni même l’envie d’en jouer en fait, donc par la force des choses TEMPLE OF BAAL est un peu mis de côté mais j’ai passé vingt ans dessus ; j’ai l’impression d’en avoir fait le tour, et puis je ne suis plus le même qu’à l’époque... CONVICTION, donc, et nous travaillons également sur le premier album d’UNNAMED SEASON, comme Rachid l’a mentionné précédemment.

Merci à toi et à l’équipe de Cabale pour votre fidélité à l’underground, et le soutien durant toutes ces années.

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Arch Gros Barbare

09/06/2021