23 mars 2020


Le deuxième album d'Aodon est bientôt sorti, une oeuvre magistrale de black metal. Encore une fois, du fin fond du Périgord arrive l'odeur de mort, et ce "11069" vous réserve totalement quelques somptueuses surprises. Pour savoir de quoi il retourne, interview avec M-Kha...
Bonjour ! Deuxième album quatre ans plus tard, un label plus conséquent, en l’occurrence les américains de Willowtip Records ; est-ce qu’on peut dire que AODON a passé un cap primordial ? D’abord celui de confirmer son existence après « Sharphood », puis de donner encore plus vie à sa musique par l’apport d’autres personnes ? Alors AODON est-il aujourd’hui encore le projet d’un seul homme, vu que M-kha compose et enregistre tous les instruments, ou l’ouverture vers le fait d’être un véritable groupe est maintenant d’actualité, même si vous n’avez toujours pas de batteur ?
Bonjour, et merci pour cette interview. Notre signature chez Willowtip représente un cap c’est certain ; après, reste à voir s’il sera primordial ou pas, l’avenir le dira.
La présence d’Alix et Laurent permet de jouer les morceaux live, même si ça reste dans une sphère privée pour le moment, et de se faire plaisir en donnant vie à la musique.
D’ailleurs comment travaille-t-on sans batteur en répétition ? Est-ce que cela ne vous frustre pas de ne pas pouvoir prévoir des dates comme le font la plupart des groupes, même si le contexte actuel ne s’y prête pas évidemment ? Et lorsque vous l’aurez trouvé, est-ce que cela changera la manière de voir d’AODON ; je veux dire, quand une entité devient multi-cellulaire, chacun veut souvent y mettre un peu de son âme, notamment dans la composition non ?
En repet, on joue sur l’enregistrement de la batterie repiqué sur une sono donc ça ne pose pas de souci. Par contre, pour les concerts, c’est justement la question qu’on se pose actuellement : est-ce qu’on essaye de caler des dates dans l’optique de jouer avec ce même procédé ? D’autres groupes le font, surtout en black métal comme Borgne, Darkspace ou V:28. En ce qui nous concerne, la décision n’est pas encore prise.
Recruter un batteur n’est pas évident ; on attend de voir si le gain de visibilité attendu par la sortie de l’album nous permet de l’envisager.
Et est-ce que le fait de signer sur un label américain, à en voir les chroniques étrangères qui pleuvent, permet de mieux s’expatrier et forcément de toucher un public plus large que celui de notre hexagone ? Et, peut-être, est-ce que le public étranger, et notamment américain, est-il plus réceptif, selon vous, non seulement à ce genre de musique black atmosphérique actuel, mais surtout du fait que cela vienne d’un groupe français ? Même s’il y a bien longtemps que la mondialisation a touché le monde du metal et que la France attire toujours un peu...
Notre signature chez Willowtip Records est encore trop récente pour en tirer de réelles conclusions. Cela dit, je pense que ça va forcément aider à la promotion à l’étranger, d’ailleurs peut-être aux détriments de la distribution en France paradoxalement... Mais c'est le jeu et c'est franchement cool d'exporter un peu de metal made in France de l'autre côté de l'Atlantique.
Nous sommes le deuxième groupe français signé chez eux ; avant nous, il y a eu Gorod. Si on arrive à parcourir le dixième de leur chemin, on sera content !

Si « Sharphood » pouvait paraître plus primaire dans son écriture, même si déjà très psychologiquement complexe et rempli de noirceur, tant visuellement, que dans la voix et la composition, on a la sensation que les quatre ans qui le séparent de « 11069 » ont été mis à profit pour prendre en maturité, d’une part dans l’agressivité, mais aussi dans la progressivité des chansons et de leur mélodie black ; quelle est votre vision de la chose ? Parce que l’on constate un quart de titres en moins pour une durée d’album similaire... Cela démontre-t-il une volonté d’approfondir les atmosphères, même si AODON n’a pas oublié de mettre en avant, encore une fois, sa violence qui est peut-être plus « martiale » ?
Que ce soit pour Sharphood ou 11069, rien n’a été particulièrement prémédité ; par contre, ce deuxième album a été composé sur un laps de temps beaucoup plus long et dans une démarche peut-être plus poussée... C’est difficile d’analyser ce genre de chose quand on en est à l’origine. En tout cas, ton ressenti me paraît plutôt pas mal coller à la réalité.

Même le visuel fait toute la différence ! Cet artwork, réalisé par Ludovic Robin, est censé représenter les textes et la musique écrits sur ce nouvel album, et, pour le comprendre, il faut donc avoir accès à vox textes. Alors, bien évidemment, que représentent « 11069 » ? Quelle est la signification de ces chiffres et de quoi parle aujourd’hui AODON au travers de ses huit titres qui ne contiennent que des titres en français, alors que, peut-être vais-je dire une bêtise, ce n’était pas le cas pour le premier album ?
Comme pour Sharphood, Alix s’est à nouveau chargée de l’écriture des textes pour 11069. On se consulte néanmoins mutuellement, chacun dans notre domaine, musique et textes sont liés.
Sur Sharphood, seul le dernier morceau « Le Sequestré » était en français ; cette fois-ci, on a voulu étendre cela à l’ensemble de l’album. C’est une décision commune qui nous a permis d’écrire et de brailler beaucoup plus viscéralement...
Le titre de l’album fait référence au numéro d’une chambre d’hôpital, point de départ d’une réflexion plus globale.
Concernant le visuel, après quelques échanges, Ludovic a fait sa propre interprétation picturale des textes et de la musique. On n’était pas fixé sur une idée précise au départ ; on lui a laissé carte blanche et ses propositions nous ont très vite parlé. C’est un jeune artiste qui n’était encore jamais intervenu sur l’artwork d’un album mais je pense pouvoir dire qu’on est tous très heureux de cette collaboration.
Vous vouliez réaliser cet album en autoproduction mais HK du Vamacara, qui a, encore une fois, fait un excellent travail avec vous, comme sur le Ep de Ogarya dernièrement, vous a conseillé de démarcher. Alors, si bien évidemment le jeu en valait la chandelle à en constater le résultat, la question est : pourquoi justement avoir voulu le réaliser vous-mêmes quand on voit la somme de travail accomplie et le résultat époustouflant que propose ce second album ? Il se peut fort que vous n’auriez pas eu autant de visibilité à l’étranger non ?
Dès le départ, on savait qu’on voulait à nouveau bosser avec HK et je t’avoue que cette fois-ci, le résultat a carrément dépassé nos attentes. Par contre, n’ayant pas d’actu concerts, pas de batteur et franchement pas de notoriété sur les réseaux, on imaginait difficilement comment un label pouvait décider de nous signer vu le nombre de propositions qu’ils reçoivent chaque jour.
Mais bon, au final, on a démarché une dizaine de labels et tu connais la suite...
Il faut du temps pour apprécier l’intégralité des subtilités présentes sur « 11069 », des titres comme « L’infime », aussi intense que sombre, prennent encore un peu dans la vieille réserve black metal d’antan, tandis que « Le parfum des pluies » regorge de mélodies mélancoliques avec une véritable âme atmosphérique, presque orchestrale par endroits. Combien de manipulations, de revirements, de reconstructions a-t-il fallu pour que M-kha soit entièrement satisfait du résultat, parce qu’il fallait faire mieux que le premier album, surtout quatre ans après ; et si la maturité de l’homme est indéniable, comment la maturité du musicien a-t-elle grandi ?
Les années ont passé et on a tous pris un peu de bouteille ! Je sais pas si on peut parler de maturité franchement (rires). « 11069 » a été écrit sur plusieurs années ; il est juste imprégné des divers événements survenus dans ce laps de temps. Avec l’âge, tu arrives peut-être mieux à transformer certains éléments plus ou moins heureux en quelque chose de créatif... Enfin, j’imagine. Et surtout, tu assumes plus ton truc donc tu vas sûrement plus loin dans le processus. Mais ce ne sont que des suppositions ; je n’y ai jamais vraiment réfléchi pour être honnête.
Encore quelques jours avant la sortie officielle de ce nouvel album ; est-ce que celle-ci est plus attendue que pouvait l’être celle de « Sharphood » finalement ? Et pourquoi ? Surtout que là, vous avez une version vinyle qui permet de donner encore plus de noblesse à l’album lui-même non ? Et surtout, après, que va-t-il se passer une fois que ce sera fait ?
On attend bien sûr avec impatience la sortie de l’album ; les 2 morceaux déjà sortis ont eu de très bons retours mais on en veut plus ! Tu fais pas de la musique pour plaire aux autres mais quand les gens apprécient, ça fait carrément plaisir. Concernant la sortie en vinyle, c’est un des avantages que nous permet la signature chez Willowtip le label, on n’aurait pas pu l’envisager en autoprod ; donc, là encore, on savoure.
Lorsque Willowtip Records vous présente comme du post-black metal, est-ce que cette étiquette, même si tout le monde dit qu’il se fout des étiquettes, vous semble correcte dans sa description ? Il est toujours difficile de se situer quand on est compositeur et on laisse toujours le soin aux autres de le faire si ça leur chante ; mais quand on écoute l’hypnose présente sur un titre comme « L’énergie » ou la divine « L’illusion », avec leur virulence et ténébreuse ambiance, on est peut-être un peu loin de cette simple classification…
Se coller une étiquette est une galère pour la majorité des groupes je pense.
Willowtip nous présente comme du Post-black, un peu par défaut, car lui-même ne savait pas vraiment quelle étiquette utiliser.
On a opté pour Post-black par élimination ; quand on le peut, on préfère présenter le groupe en utilisant ces trois adjectifs : sombre, atmosphérique et extrême. Le terme de black metal en soi ne veut plus dire grand-chose aujourd'hui ; post-black permet de reconnaître d'où on vient , sans pour autant se revendiquer aux côtés de groupes de pure black comme Dark Funeral, Mayhem ou Gorgoroth...
Il est toujours admirable de voir qu’un album est composé par une seule personne, mais n’a-t-on pas peur, lorsque l’on est seul, de ne pas aller au bon endroit dans la composition, de ne pas trouver les bonnes sonorités, le bon break, la bonne rythmique efficace et surtout pertinente, sans avoir un avis certes extérieur, mais surtout partagé ?
Composer à plusieurs est souvent plus complexe, il me semble ; quand tu es seul, tu fais ton truc sans trop te poser de questions. Après, je ne suis pas complètement seul puisque je soumets mes idées aux autres. D'ailleurs, en général, quand j’ai un doute sur un riff, Alix et Laurent le grillent aussi, donc je le modifie. Tout ça se fait assez simplement ; on passe pas des heures à tout analyser sinon déjà c’est pas bon signe...

Le fait d’être en Dordogne est-il un handicap en termes de localisation de musiciens ? Car bien-sûr, quand on pratique le black metal, finalement, cela peut être un avantage de se trouver loin du monde ; mais en termes de trajet, en termes de proximité, pour trouver les bonnes personnes avec qui l’ont veut jouer ou composer, est-ce que c’est une barrière ? Car bien souvent, en France, sans parler de Paris, les grosses villes regorgent de musiciens, tandis que dans le Périgord, c’est une denrée rare. Alors, s’il y a des groupes dont on doit connaître l’existence, qui viennent de Dordogne, il est peut-être temps de citer quelques noms…
Le Périgord permet de vivre tranquille mais c’est sûr que c’est pas le meilleur spot pour trouver des musiciens de metal extrême ! C’est d’ailleurs une des raisons de notre galère de batteur...
Concernant les groupes du coin, je pense que tu en connais bien plus que moi, car j’avoue que je suis malheureusement incapable de te citer un groupe de black ou de death du coin (Hormis Silure mais ça s’appelle de l’auto-promo et c’est pas joli il parait...).
On souhaite le meilleur à cet album et je vous laisse le soin de rappeler où l’on peut se procurer l’album vu qu’il sort en format digipack et vinyle, si je ne me trompe pas, et qu’en plus, des t-shirts ont également été imprimés, et vu que c’est le nerf de la guerre pour permettre aux groupes de survivre...
Merci pour l'interview et le soutien sans faille que Cabale porte aux groupes !
L'album sortira le 27 Mars, 2 morceaux sont déjà en écoute sur Youtube, soyez curieux allez-y jeter une oreille !
On nous trouve sur https://www.facebook.com/AodonBand et https://www.instagram.com/aodonofficial/
Les pré-commandes sont ouvertes sur Bandcamp.aodon.com ou sur willowtiprecords.com, Digipack, vinyle, t-shirts, tout est dispo sur ces sites.
Téléchargement également sur Spotify, Apple Music ou Tidal
Arch Gros Barbare
23/03/2020