SANGDRAGON - Hierophant -


15 novembre 2023

SANGDRAGON COVER.jpg (239 KB)

GROUPE: SANGDRAGON

TITRE ALBUM: Hierophant

LABEL: Wake up dead Records

DATE DE SORTIE: 2023

Que l’on aime ou pas Daemonium et Akhenaton, SANGDRAGON a déjà prouvé en 2015 que la « trilogie mythique » que venait clore « Requiem for apocalypse » était une sacrée épopée qui avait commencé en 1994, époque où Lord V.A Akhenaton alias Vincent Urbain (connu également dans Amaymon / The seven Gates / Winds of sirius pour ceux qui suivent depuis trente ans) sortait la première pierre de ce conte maléfique.

Et huit ans plus tard, alors que le projet est devenu un véritable groupe que certains ont eu l’occasion de savourer en concert, SANGDRAGON , pourfendeur de démons ailés, nous revient plus fort que jamais avec non seulement un nouvel album, mais un double album qui plus est.

Et en cette fin d’année morose, voici un double album qui est certainement le meilleur dans sa catégorie, puisque SANGDRAGON signe ici un véritable chef d’oeuvre de composition, d’inspiration et d’écriture.

Deux parties distinctes qui s’opposent et se complètent en même temps.

Et c’est sur un artwork originel de Cent Alentar que la troupe de guerriers et troubadours de l’extrême en sont venus à offrir deux mondes différents réunis en un seul univers, celui des dragons, de l’aventure médiévale et de la fresque musicale en côte de maille.

On se retrouve coincé au beau milieu de ce cataclysme où le décor se pose au fur et à mesure comme une bande son cinématographique , plongé entre des ambiances exotiques, similaires à celles des aventures de Hercule Poirot revisitées par Kenett Branagh dernièrement, où encore dans les tribulations d’un Brendan Fraser s’évertuant à renvoyer la momie dans son sarcophage, si vous voyez la scène. Sauf qu’ici, tout est transposé dans l’univers médiéval et fantasy , comme si Tolkien et les trolls de Warhammer venaient à vos portes.

Tout d’abord « The Black dragon », une première partie plus sombre, plus extrême, plus death/black orchestral où la voix gutturale est constamment accompagnée d’arrangements et orchestrations signés Edouard Verneret et Vincent Urbain , qui s’abandonneront à laisser les claviers et autres bouzoukis s’exprimer dans une ronde tourbillonnante constante. Et l’on dansera au son des violons et au rythme martial des chœurs aux âmes guerrières .

Cette première partie n’est pas death et ni black, elle est SANGDRAGON, et ici le groupe narre une histoire, en y mettant les formes et la violence nécessaire sur les premières chansons, quitte à en brutaliser certains mais toujours avec cet esprit très cantate qu’écrivait Carl Orff sur les poèmes médiévaux de Carmina Burana.

Et avec « Curse of desert », The Black Dragon installe sa noirceur et ainsi le hiérophante que l’on aperçoit s’installe dans l’abside, maîtrisant les arcanes du sacré et nous récite sa liturgie.

La voix se fait rugueuse, les riffs sont fantastiques et sublimés par les orchestrations, tandis que les chœurs de toute la troupe , les voix féminines de Cynthia Marciniak et les percussions diverses et variées vous emmènent très loin , dans un endroit que vous rêviez de découvrir.

Si « Let the fire speak » confirme la facette sans pitié du dragon noir, c’est l’histoire qui prend forme définitivement avec « I proudly march to die » où cette marche de soldats vous emmène malgré vous au beau milieu d’une guerre que vous ne comprendrez pas.

Plus on pénètre dans ces ténèbres et moins on souhaite en sortir, la voix de sirène sur « I proudly march to die » fait son office et vous envoûte comme le fil d’Ariane de la mort qui vous étrangle et vous emmène à votre fin.
La production Edouard Verneret / Eddy Dorigny est somptueuse permettant à chaque instant de profiter de chaque instrument dans sa plus infime note contrôlée.

Si vous n’aviez pas eu le déclic de la noirceur, « War is war » est là pour vous rappeler que les origines de SANGDRAGON sont extrêmes, elles sont death metal sans l’ombre d’un doute et la violence de ce morceau alors qu’il raconte toujours quelques chapitres de cette terrible fable, vous met à genoux pour que « Carnal Legacy » vienne vous finir dans une atmosphère sectaire s’approchant des ambiances des derniers albums de Nokturnal Mortum.

C’est dans la force et la puissance que The Black Dragon fait son office et cette rage présente sur ce premier acte, vous offre une intensité si incandescente que vous en brûlerez vos ailes à chaque écoute de cet album ultime et sans égal.

On y retrouve d’ailleurs aussi dans les orchestrations sur des titres tels que « Under My Stigmata » cette facette très théâtrale que peuvent présenter certains albums de Cradle of Filth, notamment sur le côté lancinant , mais SAN
GDRAGON n’oublie pas ici de jouer un solo si heavy qu’il en donne le frisson.

Ce n’est qu’une fois arrivé en terre promise avec « Frozen Fear » que vous pourrez faire halte quelques temps au gré des vagues et instruments atypiques et ainsi décharger armes, barriques, cochons et victuailles afin d’installer plus qu’un camp de fortune et être prêts à explorer le monde qui s’offre à vous avec « The White Dragon ».

Pénétrer dans ce nouvel univers est une nouvelle épreuve, plus douce certes puisque les atmosphères du dragon blanc sont plus dark folk/neo folk, rappelant ainsi les voyages sans fin de Loreena McKennit avec « The book of secrets » et « An ancient muse » sans oublier le côté baroque d’un Dead Can Dance des «  Aion » et « The serpent Egg ». Ici SANGDRAGON ralentit la cadence, les percussions sont plus lentes, les mélodies plus épiques qu’elle ne l’étaient déjà, et l’on est transporté dans les méandres d’une aventure aux senteurs encore une fois très exotiques.

Une fois de plus SANDRAGON maîtrise son histoire et nous conte un récit si prenant, si exaltant que personne n’a envie dans perdre une miette. A l’écoute de « Winged Blade » on se prend à rêver encore et toujours imaginant la crête d’une montagne enneigée, parcourant des kilomètres de distance l’épée dans le dos, pour ensuite se retrouver en trottinant dans les plaines arides, et traversant le monde pour arriver à nos fins, le tout , avec caméras rotatives comme dans Conan ou Le seigneur des anneaux.

SAN
GDRAGON et « Hierophant » changent vos vies, et viennent les soulager de leur monotonie et leur lassitude en allumant une flamme qui était au fond de vous, et écarquillant vos yeux pour leur montrer la voie de la musique, l’essence de ce qu’elle doit procurer, le frisson qui remonte le long de l’échine, voici donc ce que propose le Dragon blanc.

Ici sur ce second acte tout n’est que magie, mystère, alchimie, sorcellerie, fantasmagorie et enchantement, par moment on se prend à comparer quelques passages avec le « Calling the rain » de Atrocity, et on s’en éloigne immédiatement lorsque la tribale « Tvern » nous ramène pieds et poings liés à la rencontre de l’autre, caché dans les contrées les plus reculées.

Au final ce double album s’écoute comme une fable, un conte si épique et fabuleux que le thaumaturge hiérophante en sort de sa fresque pour vous happer et vous emmener auprès de lui. Le travail d’écriture est simplement extraordinaire qu’aucune chanson n’est une véritable chanson mais juste un passage à vivre, avec des orchestrations divines et si Basil Poledouris restera notre maître à tous, SANGDRAGON et The White Dragon nous offrent le grand frisson. « Snow » , son violoncelle et sa mélancolie n’ont d’égal que le talent incommensurable de SAN
GDRAGON , tandis que « Sweet frozen fear » et son ambiance celtique medieval folk vous ramène doucement chez vous.

Les écoutes sont longues, multiples avec « Hierophant » parce que cet album est exactement ce qu’il vous fallait , ce qu’il nous fallait pour finir cette année et s’en évader très loin. Sa puissance,
ses visuels autant que sa maturité phénoménale en font réellement un monument et si l’écriture était aussi longue, c’est qu’il y a tellement à dire, le mieux est de l’écouter vous-mêmes afin de véritablement en profiter…



15/11/2023

Arch Gros Barbare