SILT -The Hazmat Game-


30 octobre 2022

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Groupe : SILT

Titre : The Hazmat Game

Label : Autoproduction

Année : 2022

Aujourd’hui tout n’est qu’illusion, l’être n’est plus que paraître, amené lui-même à disparaître. Le relief n’est plus que boursoufflure et la profondeur des écrits ne représente que de la fiente que l’on nettoie à coups  de productions, de surproductions à foison, s’éloignant chaque jour un peu plus des sensations... des vraies. La musique n’est plus un vecteur de passion, d’ébranlement spirituel ou de bouleversement émotionnel.

Le Metal n’est plus la sauvagerie primaire d’antan et la musique Gothique, n’est plus le hors sujet sociétal que l’on montrait du doigt dès que l’on voyait le début d’un ongle peint en noir ou d’un long manteau qui faisait office de plumage de corbeau.

Et pourtant , il reste quelques musiciens qui vivent encore dans ces vestiges et respirent toujours cette poussière mélancolique et étouffante, où la rugosité des instruments et la profondeur des compositions sont les torches qui permettent d’avancer dans ces ténèbres à la rencontre du néant.

C’est le cas de SILT, la confrontation parfaite et symbiotique entre deux êtres aux mondes diamétralement opposés : Laurent Chaulet (Mourning Dawn , Funeralium, Ataraxie , Inborn Suffering) et Charles Sangnoir (La Chanson Noire) chanteur portugais de blues/rock.

Et cette rencontre a enfanté ce premier album « The Hazmat Game », un album de presque cinquante minutes, où dix titres vous mettent les sens en émoi, où règne la facette la plus doom du metal extrême et l’esprit goth des années 80’s, celui-là même qui vous donnait de la réflexion dans la dépression, celui-là même qui grisait les couleurs de la vie pour vous faire respirer l’irrespirable atmosphère de grisaille qui envahit nos esprits depuis des décennies.

Savant mélange d’univers sombres, c’est dans ce miasme musical que SILT évolue, et si le groupe a déjà ouvert pour des formations telles que Christian Death, ce n’est pas hasardeux, puisque leur musique s’imprègne d’atmosphères proches de Fields of the Nephilim, d’ambiances imprégnées de Tiamat post-Wilhdoney (« Under Will »), de l’essence new wave des vieux David Bowie ou encore Love Like Blood/Umbra et Imago.

Grâce à cette alchimie et à une production purement roots, la musique de SILT accroche immédiatement. La basse avec ce son primaire y joue un rôle prépondérant et le répondant spontané demeure le timbre de voix de Charles qui donne dès le départ à « Into overdrive » la couleur que possèdera l’album, ligne après ligne, après ligne.

Et cet effet négatif de cette pochette signée Karin Kordylla n’est pas sans rappeler la noblesse de celle de Daniel Cavanagh sur « Monochrome ».

L’album s’offre à vous comme un livre abandonné sur un champ de bataille ; on le découvre, curieux, attentionné, et l’on s’aperçoit de sa préciosité. « The hazmat game » s’ouvre. Les premiers titres sont plus goth, et cette basse qui vrombit tout le temps gère notre temps car l’on entend son « tic toc », comme un réveil omniprésent.

Il faudra arriver à « Last rites » pour que la facette plus extrême fasse sa véritable apparition, car le doom reprend les rênes, la voix se fait plus rugueuse par endroits et la souffrance des rythmiques est plus tiraillée et métallique. Et même si par la suite les mondes s’affrontent avec « The hazmat game » et « Under will », SILT conditionne ses chansons pour ne pas qu’elles vascillent trop d’un côté ou de l’autre.

L’album brille par sa timidité autant que par sa particularité et les mélodies seront toujours intelligemment guidées par ces lignes vocales extrêmement bien construites qui vous donneront la chair de poule sur « Devourer of souls ».

Jusqu’au bout, juqu’à la fin, cet album vous tiendra en haleine, et c’est certainement sur l’instrumentale « Exhale » un chef d’oeuvre absolu que vous lacherez prise avec une totale impression de mourir d’épectase.

SILT réussit indubitablement sa séduction avec ce premier album, le groupe sait vous faire la cour, et « The hazmat game » est une véritable œuvre d’art.

Arch Gros Barbare

30/10/2022